Trêve politique au Sénégal : le seul moyen de sauver l’économie

Le Sénégal, longtemps considéré comme un modèle de stabilité économique en Afrique de l’Ouest, fait face à une période charnière. Après des années de turbulences politiques ayant marqué la fin du précédent mandat, les attentes étaient immenses quant à une relance rapide de l’économie nationale. Pourtant, malgré le lancement ambitieux de l’Agenda Sénégal 2050 puis du Plan de redressement économique et social (PRES), les résultats tardent à se matérialiser. Pire, le pays semble s’enfoncer dans une impasse où les débats économiques cèdent le pas aux querelles partisanes.

Une économie sénégalaise en perte de vitesse face aux voisins

Trente mois après l’alternance politique, les grands projets structurants tant annoncés peinent à voir le jour. Les citoyens, qui espéraient une accélération des réformes, s’interrogent sur l’efficacité des nouvelles autorités. La dualité au sommet de l’État, autrefois pointée du doigt comme frein majeur à l’action publique, n’a pas été résolue malgré le départ de l’ancien Premier ministre. Comme le souligne un proverbe local, « casser le thermomètre ne fait pas disparaître la fièvre ».

Pendant ce temps, les autres pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) poursuivent leurs réformes et enregistrent des performances économiques bien supérieures. Selon les dernières données de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), publiées en juin 2026, le Sénégal affiche une croissance du PIB réel de seulement 4,7 % au premier trimestre. Un chiffre qui place le pays parmi les économies les moins dynamiques de la région, loin derrière des voisins comme le Bénin (6,4 %), la Côte d’Ivoire (6,4 %), le Mali (6,1 %) ou encore le Niger (6,1 %).

Cette baisse de 3,1 points par rapport à la moyenne de 2025 marque le recul le plus important au sein de l’UEMOA. Elle s’accompagne d’un effondrement des investissements directs étrangers (IDE), tombés de 3,319 milliards de dollars en 2024 à seulement 37 millions en 2025. Une chute vertigineuse qui illustre l’ampleur des défis économiques auxquels le Sénégal doit faire face.

La polarisation politique étouffe les ambitions économiques

Les divisions au sein de la classe politique sénégalaise occupent désormais tout l’espace médiatique et public. Le camp présidentiel, engagé dans une stratégie de consolidation de son assise avec la création du parti Kiiraye, et le PASTEF, déterminé à préserver son influence en vue de 2029, semblent plus préoccupés par leurs stratégies respectives que par l’intérêt général. Cette polarisation croissante relègue les priorités économiques au second plan, alors que le pays a besoin d’une mobilisation collective pour relancer son économie.

Les observateurs soulignent l’urgence d’une trêve politique pour permettre à l’économie de reprendre son souffle. Sans cela, les trois prochaines années risquent de s’écouler sans voir émerger les projets structurants nécessaires au développement du pays. Pourtant, l’ambition affichée par le président Bassirou Diomaye Faye de bâtir « une nation souveraine, juste, prospère et ancrée dans des valeurs fortes » ne pourra se concrétiser que dans un climat de stabilité et de consensus.

Trois leviers pour inverser la tendance

Face à cette situation, des actions concrètes et mesurables s’imposent. Trois leviers pourraient permettre au Sénégal de retrouver sa place de locomotive économique de l’UEMOA :

  • Rétablir la confiance des partenaires internationaux : La conclusion d’un nouveau programme économique avec le Fonds monétaire international (FMI) serait un signal fort envoyé aux marchés financiers et aux investisseurs. Une telle entente pourrait faciliter l’accès du Sénégal aux financements internationaux à des conditions plus avantageuses, tout en améliorant la perception du risque pays.
  • Faire du secteur privé le moteur de la croissance : Pour cela, il est indispensable de faciliter l’accès des entreprises au financement, de simplifier les procédures administratives et d’améliorer l’environnement des affaires. Les secteurs clés comme les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, l’industrie, le numérique, les transports et la logistique doivent être prioritaires.
  • Rationaliser les dépenses publiques : Dans un contexte de marges de manœuvre budgétaires réduites, la rationalisation des ressources de l’État s’avère cruciale. La fusion des agences et structures d’accompagnement, souvent annoncée mais rarement concrétisée, doit enfin devenir une réalité. Une baisse du train de vie de l’État, promise dans le cadre du PRES, reste un impératif pour restaurer la crédibilité des réformes.

Le temps presse pour le Sénégal

Les trois années restantes avant l’élection présidentielle de 2029 doivent être mises à profit pour poser les bases d’une transformation économique durable. Sans une trêve politique et une mobilisation des efforts, le Sénégal risque de continuer à perdre du terrain face à ses voisins. Pourtant, avec des leviers économiques bien identifiés et une volonté politique affirmée, le pays dispose de tous les atouts pour retrouver sa place de leader régional.

Le défi est de taille, mais l’urgence est réelle. Le Sénégal ne peut plus se permettre de laisser les querelles politiques étouffer ses ambitions économiques. L’heure n’est plus aux divisions, mais à l’union des forces vives autour d’un objectif commun : bâtir un avenir prospère pour tous les Sénégalais.