Situation alarmante des droits humains au Mali en 2025

Mali : une crise persistante des droits humains en 2025

En 2025, le Mali traverse une période sombre marquée par une détérioration alarmante des droits fondamentaux. Les autorités maliennes ont intensifié les restrictions concernant la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association. Des opposants politiques et des membres de la société civile ont été victimes d’arrestations arbitraires, de détentions illégales ou de disparitions forcées. Les forces gouvernementales, leurs alliés ainsi que des groupes armés ont été impliqués dans des violences ciblant les civils, incluant des homicides illégaux et l’imposition de blocus dans plusieurs localités. Par ailleurs, la fermeture de plus de 2 000 écoles en raison des conflits prive des centaines de milliers d’enfants de leur droit à l’éducation.

Contexte politique et sécuritaire au Mali

La situation au Mali est profondément marquée par l’échec des précédents processus de paix, largement boycottés par les partis politiques, la société civile et certains groupes armés. En février 2025, les autorités ont adopté la Charte nationale pour la paix et la réconciliation afin de tenter de rétablir un climat de stabilité. Cependant, en avril, la transition politique instaurée après le coup d’État militaire de 2020 a été prolongée de cinq ans, suscitant des tensions accrues.

En juin, le groupe Wagner, une entreprise militaire privée, a été remplacé par l’Africa Corps, une organisation sous le contrôle direct du ministère russe de la Défense, dans le cadre d’un accord de partenariat sécuritaire avec le Mali. En août, les autorités ont annoncé avoir déjoué un coup d’État militaire, entraînant l’arrestation de plusieurs officiers de l’armée ainsi que d’un diplomate français, également membre des services de renseignement français. Enfin, en septembre, le Mali a annoncé son intention de se retirer de la Cour pénale internationale.

Répression systématique des libertés fondamentales

La dissolution de tous les partis politiques par les autorités maliennes illustre la répression accrue des droits à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association. En avril et mai, les forces de sécurité ont violemment réprimé des manifestations à Bamako, dénonçant cette mesure restrictive.

Disparitions forcées : une méthode de répression courante

Les forces de sécurité maliennes ont recours aux disparitions forcées contre des militants, des membres de la société civile et des personnalités politiques.

Le 14 mars, Alou Badra Sacko, coordinateur de l’Appel du 20 février et président du mouvement Touche pas à mon argent, a été enlevé en plein centre de Bamako par des hommes armés encagoulés. Il a été retenu dans un lieu inconnu avant d’être libéré le 24 mai, après avoir dénoncé les taxes sur les transactions mobiles.

Le 8 mai, El Bachir Thiam, dirigeant du parti Yelema, a été enlevé à son domicile par des inconnus. Son sort était inconnu jusqu’à sa libération le 26 septembre, après une pression internationale, notamment de l’ONU. Il s’était opposé à la dissolution des partis politiques et à la prolongation de la transition.

Le même jour, Alhassane Abba, secrétaire général du parti Convergence pour le développement du Mali, a été enlevé par des hommes prétendant être des gendarmes. Il a été libéré sans inculpation le 5 juin.

Arrestations et détentions arbitraires : un outil de contrôle politique

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a exigé en mars la libération de militants politiques comme Moulaye Baba Haïdara, Mahamoud Mohamed Mangane et Amadou Togola, détenus depuis 2023 et accusés de menaces à la sécurité de l’État. Ces derniers auraient subi des actes de torture.

En août, l’ancien Premier ministre Moussa Mara a été arrêté après avoir publiquement exprimé son intention de défendre les droits des détenus politiques. Condamné en octobre à un an de prison pour atteinte au crédit de l’État, il incarne la répression des voix dissidentes.

Clément Dembele, militant anticorruption, reste en détention malgré une décision de justice en avril ordonnant sa libération. Accusé de menaces contre le président, il est toujours incarcéré malgré l’appel à sa libération inconditionnelle lancé par l’ONU.

Violences attribuées aux groupes armés

Les groupes armés comme l’État islamique au Sahel (EIS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) multiplient les attaques contre les civils.

En février, l’EIS a tué 34 civils dans une attaque contre un convoi près de Gao. En mai, Sidi Barka, un dirigeant de la société civile, a été enlevé à Ménaka et retrouvé mort en août. Le même mois, Ousmane Kampo, maire de Konna, a été enlevé par le GSIM avant d’être libéré en octobre.

En août, des membres de la katiba du Macina ont mené une attaque aveugle à Farabougou, causant des victimes civiles et poussant la population à l’exode. Toujours en août, le maire de Dogofry et son chauffeur ont été tués par des chasseurs traditionnels.

Le 6 novembre, Mariam Cissé, une influenceuse connue, a été enlevée à Echell et exécutée le lendemain à Tonka.

Violations du droit international humanitaire par les forces gouvernementales

Les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs alliés, dont l’Africa Corps, sont accusés de graves violations du droit international humanitaire, incluant tortures et exécutions extrajudiciaires.

Le 16 mars, une frappe de drone des FAMa a tué au moins 10 civils sur un marché à Ejdeïr. En avril, une centaine d’hommes, principalement issus de la communauté peule, ont été arrêtés lors d’un raid à Sebabougou. Soixante d’entre eux ont été torturés et exécutés au camp de Kwala, où des corps ont été retrouvés quelques jours plus tard.

Le 12 mai, des militaires et des miliciens dozos ont arrêté entre 23 et 27 hommes lors d’un marché à Diafarabé. Aveuglés et ligotés, ils ont été transportés sur l’autre rive du fleuve et exécutés. Aucune enquête n’a été rendue publique malgré les promesses des autorités.

Impact sur les droits économiques et sociaux

Le GSIM a imposé des blocus autour de plusieurs villes, dont Gossi, Léré et Diafarabé, privant les populations de leurs droits fondamentaux, notamment à la sécurité alimentaire et à la liberté de circulation. En juillet, le groupe a étendu ses restrictions aux villes de Kayes et Nioro du Sahel, ciblant les approvisionnements en carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.

Droit à l’éducation : une génération en danger

La crise éducative s’aggrave : en juin 2025, plus de 2 036 écoles étaient fermées, contre 1 984 en 2024. Cette situation prive 618 000 enfants de leur droit à l’éducation, avec une déscolarisation massive dans la région de Kidal, où 63 % des enfants ne sont plus scolarisés.