Le 22 mai dernier, une décision retentissante a secoué la sphère politique sénégalaise : le président Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions de son fidèle allié, Ousmane Sonko, et de l’ensemble de son gouvernement. Cette mesure marque un tournant majeur. Dès le lendemain, l’ancien Premier ministre a retrouvé son siège de député. Simultanément, le président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye, a présenté sa démission. L’élection du nouveau président de l’Assemblée est prévue pour le 26 mai, et Ousmane Sonko pourrait bien en être le prochain titulaire. La situation actuelle au Sénégal semble donc s’orienter vers une confrontation entre les pouvoirs exécutif et législatif.
Pour de nombreux analystes de la politique sénégalaise, ce « divorce » était prévisible. La dynamique entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko contenait une contradiction fondamentale. Non pas en raison d’un manque de compétences ou de visions politiques divergentes, mais parce que le pouvoir exécutif, par nature, est unitaire. L’histoire africaine, de Nkrumah à Sankara, en passant par Modibo Keïta et Laurent-Désiré Kabila, enseigne que les cohabitations au sommet entre deux volontés de force égale se dénouent souvent par l’éviction de l’un ou la destruction des deux.
Des tensions croissantes à Dakar
En effet, cette rupture est l’aboutissement de plusieurs mois de tensions entre les deux hommes, arrivés au pouvoir en avril 2024 portés par un immense espoir populaire au Sénégal. Le fossé politique s’est creusé dès juillet dernier, lorsque les premières fissures sont apparues. Ousmane Sonko évoquait alors un « problème d’autorité », reprochant au président de ne pas le soutenir suffisamment face aux attaques politiques. La rupture définitive est intervenue peu après une séance de questions d’actualité à l’Assemblée nationale, où l’ancien chef du gouvernement avait publiquement remis en question plusieurs décisions présidentielles, notamment la gestion des fonds politiques, déclarant que le président avait « fait une erreur ».
Vers un bras de fer entre l’exécutif et le législatif ?
La question se pose désormais : l’ex-Premier ministre deviendra-t-il le principal opposant au président ? Fort de sa popularité, Ousmane Sonko représente une menace réelle pour Bassirou Diomaye Faye. Le prochain round de cette confrontation politique au Sénégal se jouera probablement au sein de l’hémicycle. Un professeur de sciences politiques à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis estime que « le combat politique risque de se déplacer à l’Assemblée nationale, dans un bras de fer entre le chef de l’État et l’hémicycle ». Ce scénario pourrait entraîner un blocage significatif de l’action gouvernementale, à un moment où l’exécutif souhaite engager d’importantes réformes institutionnelles. Quatre textes majeurs concernant la révision de la Constitution, la Cour constitutionnelle, les partis politiques et la création d’une Commission électorale nationale indépendante doivent être prochainement soumis à l’Assemblée nationale. Cela laisserait une marge de manœuvre très réduite au chef de l’État.
Cette situation oppose désormais le Pastef, sous l’influence d’Ousmane Sonko, à la Coalition Diomaye Faye président. C’est, en somme, une guerre des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif, avec en ligne de mire les élections communales de 2027 et, surtout, la présidentielle de 2029. Cette incertitude génère doute, colère et désarroi parmi les « Pastefistes », en particulier chez la jeunesse sénégalaise qui avait placé ses espoirs dans le duo Faye-Sonko et qui se retrouve aujourd’hui désemparée.
Ousmane Sonko : un avantage dans la confrontation ?
Cette épreuve de force est bel et bien lancée et pourrait bien tourner à l’avantage d’Ousmane Sonko, selon un analyste géopolitique. La réalité politique actuelle au Sénégal est implacable : le Pastef domine largement la scène nationale grâce à une implantation militante exceptionnelle, une base jeune et très mobilisée, et une puissance narrative forgée durant les années de confrontation avec le régime de Macky Sall. Dans cette dynamique, Sonko demeure la figure centrale. Même empêché par la justice et absent des bulletins de vote lors de la présidentielle, c’est autour de lui que s’est cristallisée l’espérance du changement. Bien que le président Bassirou Diomaye Faye détienne la légitimité institutionnelle, son ancien Premier ministre conserve une légitimité populaire et militante redoutable. Dans une future confrontation politique ou électorale, cet atout pourrait s’avérer décisif pour l’avenir de la politique sénégalaise.
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