Sahel : Maroc et Algérie, nouveaux acteurs géostratégiques
La bande sahélienne, s’étendant du Mali au Tchad, ne ressemble en rien à un eldorado économique. Contrairement à des hubs comme Singapour, ces pays peinent à attirer les investissements étrangers. Les économies du Mali, du Burkina Faso et du Niger affichent des indicateurs préoccupants : seulement 25 % des terres maliennes sont arables, et le pays se classe à la 188ᵉ place de l’indice de développement humain (PNUD) sur 193. Près de 45 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté, tout comme 40 % au Burkina Faso et 60,5 % au Niger (Banque mondiale). Ces États, enclavés et dirigés par des juntes militaires, forment l’Alliance des États du Sahel (AES), soutenue par la Russie. Leur opposition à Paris et à l’Occident, bien que censée libérer leurs populations, n’a pas engendré la prospérité espérée. Pourtant, deux voisins offrent des solutions : l’Algérie et le Maroc.
Le Maroc mise sur le port de Dakhla Atlantique
Avec la construction du port de Dakhla Atlantique, le Maroc ambitionne de devenir un hub entre l’Afrique, l’Europe et les Amériques, à l’image du Tanger Med. Prévue pour 2028, cette infrastructure vise à offrir aux pays de l’AES un accès à l’océan Atlantique, brisant leur isolement géographique. Un projet de ligne ferroviaire, bien que non finalisé, compléterait cette initiative pour désenclaver la région et stimuler l’économie. Pour Rabat, cette stratégie sert aussi à contrer l’influence djihadiste en proposant des perspectives aux jeunes, dans une zone où la population double tous les dix ans. Le Maroc a déjà accueilli les dirigeants de l’AES, renforçant son rôle de partenaire clé.
L’Algérie mise sur le gazoduc transsaharien
Après des tensions avec le Niger, Alger a relancé sa coopération avec Niamey en proposant la construction d’un tronçon du gazoduc transsaharien, reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger. Long de 4 800 km, ce projet vise à alimenter l’Europe en gaz naturel. La Sonatrach, entreprise nationale algérienne, superviserait les travaux et formerait des Nigériens à l’exploitation des ressources, un atout par rapport à d’autres partenaires qui ne partagent pas leur expertise. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large pour contrer l’instabilité régionale en offrant des alternatives économiques.
Deux stratégies opposées mais complémentaires
Les discussions sur l’autonomie du Sahara occidental, notamment à Madrid et Washington, pourraient permettre à l’Algérie et au Maroc de collaborer sur les défis sécuritaires et démographiques du Sahel. En éliminant leurs rivalités, les deux pays pourraient mieux contrer l’influence des juntes de l’AES. Le djihadisme prospère dans un contexte de pauvreté et d’autoritarisme, et Alger mise sur les hydrocarbures et le savoir-faire de la Sonatrach, tandis que Rabat mise sur ses grands projets d’infrastructure. Ces approches, bien que concurrentes, partagent un objectif commun : stabiliser la région.
Le 26 septembre 2025, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, accusait l’Algérie de « soutenir le terrorisme international ». En réponse, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a dénoncé des propos « dignes d’un soudard ».
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