Le gouvernement de transition du Burkina Faso affiche une avancée spectaculaire avec le contrôle de 74,53 % du territoire national. Pourtant, cette affirmation, basée sur un bilan officiel, se heurte à une réalité bien différente selon les observateurs indépendants et les besoins criants des populations locales. Derrière ces pourcentages se cache une stratégie de communication qui peine à masquer les défis sécuritaires persistants.
Une définition du « contrôle territorial » qui soulève des questions
Pour justifier ces chiffres, les autorités misent sur une interprétation élastique de la notion de contrôle. Selon cette approche, la présence ponctuelle de militaires, le passage de convois ou des patrouilles éphémères suffisent à classer une zone comme « sécurisée ». Pourtant, le contrôle territorial implique bien plus : une administration fonctionnelle, une justice accessible, et surtout, une sécurité permanente pour les civils.
Sur le terrain, les groupes armés, notamment le JNIM, maintiennent une pression constante. Ils bloquent des routes stratégiques, imposent des embuscades et étendent leur emprise dès que les forces régulières se retirent. Les populations locales subissent ainsi un double joug : celui des terroristes et celui d’un État dont les promesses peinent à se concrétiser.
L’information sous contrôle : un obstacle à la transparence
Le fossé entre les discours officiels et la réalité s’explique aussi par un verrouillage médiatique sans précédent. Les ONG locales, les observateurs de sécurité et les médias indépendants se heurtent à des restrictions croissantes. Publier des bilans sécuritaires contradictoires expose à des accusations de « démoralisation des troupes », un prétexte pour étouffer toute critique.
Sans évaluation indépendante, impossible de vérifier la cartographie présentée par le ministère de la Défense. Les organismes spécialisés, comme ACLED, enregistrent en revanche une hausse des incidents violents dans plusieurs régions du pays. Cette absence de contre-expertise alimente les doutes sur la fiabilité des données officielles.
Les indicateurs sociaux qui trahissent le discours officiel
Si 74,53 % du territoire était effectivement sous contrôle, les conséquences humanitaires seraient radicalement différentes. Or, les chiffres racontent une autre histoire :
- Une crise des déplacés internes : Les retours vers les villages d’origine restent marginaux et extrêmement risqués. Le nombre de personnes dépendantes de l’aide humanitaire ne cesse de croître, signe que la sécurité n’est pas rétablie.
- Des services publics paralysés : Dans les zones présentées comme « sécurisées », des milliers d’écoles restent fermées. Les professionnels de santé refusent de s’y rendre sans garantie de protection, et l’administration civile peine à s’installer en dehors des grandes villes protégées.
Un narratif politique au service de la transition
Ce récit triomphaliste répond avant tout à des enjeux internes. Afficher des victoires territoriales permet de légitimer la prolongation de la transition et les sacrifices imposés à la population, comme les taxes supplémentaires ou les mobilisations militaires. En mettant en avant des pourcentages globaux, les autorités cherchent aussi à occulter les revers tactiques répétés : attaques contre des détachements isolés, pertes parmi les milices locales (VDP), et regain d’activité des groupes armés dans le Nord, l’Est et la Boucle du Mouhoun.
En définitive, les chiffres du Burkina Faso reflètent moins une réalité militaire qu’une stratégie de communication. Tant que les populations continueront de subir les conséquences de l’insécurité, ces déclarations resteront un leurre.
