répression militaire au Niger : la démocratie en danger après le coup d’État
Dix-huit mois après le renversement du président élu Mohamed Bazoum lors du coup d’État du 26 juillet 2023, le Comité national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) du Niger durcit son contrôle sur le pays. Entre arrestations arbitraires, suspension des partis politiques et restrictions des libertés, le régime militaire accumule les violations des droits humains. Ces dérives sont détaillées dans un rapport récent d’Amnesty International, qui alerte sur l’érosion alarmante de l’espace civique et politique entre juillet 2023 et janvier 2025.
L’ONG dénonce un affaiblissement systématique des institutions démocratiques, avec des mesures répressives ciblant les opposants et les anciens responsables gouvernementaux. Le CNSP, qui justifiait son putsch par la nécessité de rétablir l’ordre et la souveraineté, semble désormais ignorer ses engagements initiaux en matière d’État de droit.
une alliance régionale controversée et une rupture diplomatique
Le Sahel traverse une période d’instabilité marquée par plusieurs coups d’État militaires : au Mali (2020 et 2021), au Burkina Faso (janvier et septembre 2022) puis au Niger en juillet 2023. Face aux sanctions économiques et à la menace d’une intervention de la CEDEAO, ces trois juntes ont formé en septembre 2023 l’Alliance des États du Sahel (AES).
Cette coalition a pris une dimension stratégique en rompant les liens avec la France et l’Union européenne, puis en annonçant en mars 2024 leur retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Une décision qui s’inscrit dans une logique de rejet des exigences extérieures, comme la libération de Mohamed Bazoum, formulées par ces organisations.
un État de droit anéanti : répression politique et législative
Dès son arrivée au pouvoir, le général Abdourahamane Tiani avait promis de respecter les droits humains et les libertés fondamentales. Pourtant, dix-huit mois plus tard, le bilan est accablant. Le rapport d’Amnesty International révèle une violation systématique des droits civils et politiques.
Parmi les mesures les plus controversées :
- la suspension de la Constitution de 2010 et la dissolution de la Commission nationale des droits de l’homme, remplacée par des structures fantômes concentrant tous les pouvoirs entre les mains du CNSP ;
- le rétablissement de la loi sur la cybercriminalité de 2019, utilisée depuis juillet 2024 pour sanctionner la diffamation ou la diffusion de contenus jugés subversifs ;
- l’élargissement de la définition des infractions terroristes en août 2024, permettant le fichage des opposants et la déchéance de leur nationalité.
Depuis octobre 2024, 21 personnes, dont plusieurs anciens ministres du gouvernement Bazoum, ont été privées de nationalité nigérienne. Hamid Ngadé, ancien conseiller en communication présidentielle, a déclaré : « Je risque l’apatridie. Il n’y a plus d’État de droit au Niger. »
Parallèlement, tous les partis politiques ont été suspendus depuis le coup d’État, éliminant tout contre-pouvoir institutionnel et plongeant le pays dans une gouvernance par ordonnances restrictives.
société civile et médias : les cibles d’une répression méthodique
Le pouvoir militaire a instauré un climat de terreur en ciblant la société civile et les médias. Les services de renseignement, notamment la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), sont accusés de disparitions forcées, d’arrestations arbitraires et de détentions prolongées sans procès équitable.
Des figures emblématiques comme Moussa Tchangari, arrêté le 3 décembre 2024 et inculpé pour « apologie du terrorisme » et « atteinte à la sûreté de l’État », illustrent cette répression. Les journalistes ne sont pas épargnés : RFI, France 24 et la BBC ont été suspendus, tandis que des professionnels des médias sont jugés devant des tribunaux militaires.
La blogueuse Samira Sabou a subi une disparition forcée avant d’être poursuivie pour des publications en ligne. « On est obligé de réfléchir à deux fois avant d’écrire », confie un journaliste sous couvert d’anonymat. L’autocensure s’impose, minant la liberté d’expression et la transparence.
une transition de cinq ans pour consolider le pouvoir militaire
Fin février 2025, les assises nationales ont recommandé une transition de cinq ans, renouvelable, permettant aux dirigeants actuels de se présenter aux futures élections. Cette perspective confirme l’ancrage du pouvoir militaire et éloigne davantage le Niger d’un retour à la démocratie.
Ousmane Diallo, chercheur spécialiste du Sahel, met en garde : « La liberté d’expression, la dissidence et la liberté de la presse sont essentielles pour garantir d’autres droits et la responsabilité du gouvernement. Le Niger se trouve à un tournant critique. »
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