Le Mali au bord du gouffre : une offensive islamiste et touarègue redessine la crise sahélienne
Le 25 avril, une opération coordonnée d’envergure a marqué un tournant dans l’histoire récente du Mali. Contrairement aux précédents épisodes de violence, cette attaque simultanée contre des positions militaires et des centres névralgiques a révélé une stratégie offensive inédite. Les groupes armés islamistes, alliés à des séparatistes touaregs, ont non seulement repoussé les forces gouvernementales appuyées par la Russie hors de la ville stratégique de Kidal, mais ont également étendu leur influence jusqu’aux portes de Bamako. Pour le Sahel, et plus particulièrement pour l’Algérie, la question n’est plus de savoir si la région s’effondre, mais qui, désormais, pourrait encore y mettre un frein.
Le pari perdant de la junte malienne
Pour saisir les causes de cette déroute, il faut revenir aux décisions politiques prises après le coup d’État de 2021. Le colonel Assimi Goita et son régime ont choisi de rompre avec la France, de mettre fin à la mission de paix de l’ONU MINUSMA, et de s’appuyer sur le groupe Wagner (devenu une entité russe sous contrôle étatique) pour assurer leur sécurité. Les critiques occidentaux avaient mis en garde contre les risques d’un vide sécuritaire, accusations balayées par Bamako sous le prétexte de pressions « néocoloniales ». Pourtant, l’offensive d’avril a confirmé chacune de ces craintes.
Les forces russes, loin de jouer le rôle de contre-insurrection décisif promis, ont été contraintes à une retraite humiliante hors de Kidal, bastion historique de la résistance touarègue. Les groupes armés n’ont pas seulement résisté aux assauts russes : ils ont fait preuve d’une capacité d’adaptation et de coordination redoutable. Ce que la junte a échangé – la logistique française et l’expertise sahélienne des institutions – s’est avéré insuffisant face à une menace devenue plus sophistiquée.
L’émergence d’une coalition islamiste-touarègue est un autre signal alarmant. Historiquement en tension, ces deux factions ont scellé une alliance tactique, révélant leur conviction commune : la junte malienne, affaiblie, peut être contrainte simultanément sur plusieurs fronts. Une analyse qui semble se confirmer sur le terrain.
L’Algérie, prise en étau par la crise malienne
Parmi les acteurs régionaux, l’Algérie est celui qui mesure le mieux l’urgence de la situation au Mali. Le pays partage avec ce dernier une frontière longue et poreuse, véritable autoroute pour les trafics d’armes, de stupéfiants, les flux migratoires et les réseaux de recrutement jihadistes. Les responsables algériens savent, par expérience amère, que les crises sécuritaires non maîtrisées ne restent jamais confinées. Elles débordent. Elles se propagent.
L’ironie de la position actuelle de l’Algérie est frappante. Pendant des années, Alger s’est positionné comme l’arbitre incontournable de la région, notamment en négociant l’accord de paix d’Alger en 2015 entre Bamako et les factions touarègues. Cet accord s’est effondré début 2024, lorsque Goita a officiellement s’est retiré, geste perçu par Alger comme un camouflet délibéré. Les tensions ont atteint leur paroxysme en mars 2025, lorsqu’un drone malien a été abattu par les forces algériennes près de la frontière commune, déclenchant une crise diplomatique avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger – tous trois membres de l’Alliance des États du Sahel, alignée sur Moscou.
Résultat : l’Algérie se retrouve aujourd’hui marginalisée sur le dossier malien, précisément au moment où son propre territoire est le plus exposé. Impossible pour Alger d’imposer une solution à Bamako, impossible de compter sur une junte qui la considère avec hostilité, et impossible d’ignorer l’évolution des événements. Les alternatives – comme l’établissement de sanctuaires permanents pour les groupes armés le long de sa frontière sud – représentent une menace existentielle pour la sécurité intérieure algérienne.
Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a récemment adopté un ton ferme, réaffirmant son soutien à l’intégrité territoriale du Mali et condamnant sans ambiguïté le terrorisme. Pourtant, les déclarations de principe ne peuvent remplacer l’absence totale de canaux diplomatiques fonctionnels.
L’absence américaine, un vide comblé par Moscou et les groupes armés
La dégradation du Sahel est aussi le récit d’une Amérique absente. Sous la pression des gouvernements de la région, alignés sur Moscou, les États-Unis ont réduit leur présence contre-terroriste en Afrique de l’Ouest, sans la remplacer par une alternative cohérente. Ce retrait a laissé place à un vide que la Russie comble partiellement via ses contrats militaires, tandis que les réseaux islamistes s’installent durablement en fournissant des services de gouvernance, de taxation et de recrutement dans les zones abandonnées par l’État.
Le scénario qui se joue en temps réel au Mali devrait servir d’avertissement à Washington. Les partenariats militaires, le partage de renseignements et une pression contre-terroriste soutenue ne sont pas des options facultatives pour la stabilité régionale : ce sont des conditions sine qua non. Leur disparition ne laisse pas un vide neutre. Elle crée un terreau fertile pour l’occupation par des acteurs hostiles.
Trois scénarios pour l’avenir du Mali et du Sahel
Trois issues se dessinent désormais pour le Mali. D’abord, une négociation politique avec les factions touarègues pourrait stopper l’avancée militaire, mais au prix de concessions territoriales majeures. Ensuite, la junte pourrait intensifier son effort de guerre, en s’appuyant sur l’aviation et les troupes russes pour tenter de reprendre le nord, avec des perspectives incertaines. Enfin, Bamako pourrait continuer à reculer tactiquement tout en maintenant une posture de légitimité affichée, jusqu’à ce que la capitale elle-même devienne un enjeu stratégique.
Quelle que soit l’issue, l’Algérie suit ces scénarios avec une appréhension grandissante. L’implosion du Sahel n’est plus une préoccupation lointaine : elle frappe aux portes du pays.
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