Niger 2026 : droits humains sous haute tension après coup d’état

Depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger, la situation des droits humains s’est fortement dégradée. En 2025, les autorités militaires ont intensifié la répression contre les opposants politiques, les journalistes et les défenseurs des droits humains. L’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse restent détenus arbitrairement au palais présidentiel de Niamey, sans accès à leur famille ou à leurs avocats. Leur immunité présidentielle a été levée, et leur procès, entaché d’irrégularités, pourrait aboutir à une condamnation.

Les groupes armés islamistes tels que l’État islamique au Sahel (EIS), le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen (JNIM), ainsi que Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO), continuent de semer la terreur dans les régions du sud et de l’ouest du pays. Les attaques se multiplient, notamment dans la zone de Tillabéri, frontalière du Burkina Faso et du Mali, où des centaines de civils ont été exécutés sommairement en 2025.

En août 2025, la junte militaire a lancé une initiative controversée appelée « Garkuwar Kassa » (« Boucliers de la Patrie »), visant à recruter des civils pour soutenir l’armée. Cette mesure suscite des craintes quant à la création de milices incontrôlées, risquant d’aggraver les violations des droits humains.

Crise sécuritaire : l’EIS cible les civils sans défense

En 2025, l’EIS a multiplié les attaques meurtrières contre des villages et des mosquées dans la région de Tillabéri. Parmi les faits marquants :

  • Le 21 mars : une attaque contre une mosquée à Fambita a coûté la vie à 46 fidèles, dont trois enfants, tandis que des dizaines de maisons étaient incendiées et pillées.
  • Le 21 juin : plus de 70 personnes, dont cinq enfants, ont été tuées dans une mosquée à Manda.
  • Le 20 juin : un chef de village de 67 ans a été exécuté, suivi trois jours plus tard de l’enlèvement et du meurtre de cinq hommes à Abarkaize.
  • Les survivants accusent l’armée de ne pas avoir protégé les villages malgré les alertes, les groupes armés justifiant leurs exactions en exigeant le paiement de la zakat.

Oppression politique : fin du multipartisme et détentions arbitraires

En mars 2025, le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte, a été officiellement investi président de transition pour cinq ans, sans élections. Il a également aboli le multipartisme par décret, consolidant un régime autoritaire. Depuis le coup d’État, des dizaines de responsables politiques, anciens ministres et journalistes sont détenus sans procès équitable. Parmi eux, Moussa Tiangari, militant des droits humains, est incarcéré depuis décembre 2024. Il est accusé de « complot contre l’État » et risque la peine de mort.

Atteintes aux libertés : presse muselée et syndicats dissous

La liberté d’expression est sévèrement restreinte. Les journalistes subissent harcèlement, arrestations et autocensure. En janvier 2025, la chaîne Canal 3 TV a été suspendue pour avoir critiqué des ministres, et son rédacteur en chef a perdu sa carte de presse. En mai, trois journalistes de Sahara FM (Agadez) ont été arrêtés pour avoir relayé une information sur les relations NigerRussieTurquie, avant d’être à nouveau détenus après leur libération.

Les autorités ont également dissous quatre syndicats du secteur judiciaire en août 2025, au motif qu’ils auraient « dévié » de leur rôle. Le barreau du Niger et les syndicats de travailleurs ont dénoncé une « atteinte grave aux libertés fondamentales » et organisé une grève de protestation.

Conséquences régionales : le Niger quitte la CEDEAO et menace de quitter la CPI

En janvier 2025, le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont quitté la CEDEAO, limitant l’accès à la justice pour les citoyens nigériens. En septembre, ces trois pays ont annoncé leur intention de quitter la Cour pénale internationale (CPI), ce qui compromettrait la protection des victimes de crimes graves.