Le gouvernement tchadien a officiellement annoncé son départ de la Cour pénale internationale (CPI), une décision motivée par un bilan qualifié d’«inefficace et sélectif» par les autorités de N’Djamena. Dans un communiqué rendu public lundi, le porte-parole du gouvernement a pointé du doigt une activité concentrée «de manière disproportionnée» sur le continent africain.

«Depuis sa création en 2002, seulement quatre enquêtes ont été ouvertes hors d’Afrique, contre neuf sur le continent, sans résultats tangibles», a déploré le gouvernement. Les chiffres avancés par le Tchad révèlent une situation alarmante : sur les sept détenus actuellement incarcérés par la CPI, six le sont dans le cadre de dossiers africains.

Cette annonce survient alors que N’Djamena fait face à des accusations sérieuses. Des rapports d’ONG et des déclarations officielles soudanaises évoquent un rôle actif du Tchad dans l’acheminement d’armes en direction des Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire engagé dans un conflit sanglant au Soudan depuis avril 2023.

Une pression américaine sans précédent

La décision tchadienne intervient dans un contexte diplomatique tendu. Jeudi, un haut responsable américain a directement interpellé le ministre des Affaires étrangères tchadien pour l’inciter à reconsidérer son adhésion au Statut de Rome. «Les États-Unis ont exprimé leurs réserves quant au fonctionnement de la CPI et suggéré un réexamen de cette adhésion», précise un compte-rendu officiel.

Pourtant, le ministre tchadien des Affaires étrangères, Abdoulaye Sabre Fadoul, a tenu à clarifier : «Cette décision n’est pas une réponse à une demande américaine, mais le fruit d’un examen rigoureux de la part des autorités tchadiennes».

Un retrait aux conséquences lourdes

L’avocat français Vincent Brengarth, spécialisé dans les crimes internationaux, alerte sur les répercussions de ce retrait. «Cette sortie affaiblit considérablement l’architecture mondiale de la justice pénale et risque de laisser impunis les auteurs des pires atrocités», a-t-il souligné. Il rappelle que le Tchad a été identifié comme complice présumé dans l’envoi d’armes depuis les Émirats arabes unis vers les FSR, un dossier actuellement en instruction devant la Cour.

Les deux camps du conflit soudanais sont régulièrement pointés du doigt pour des exactions massives : ciblage délibéré de civils, bombardements aveugles sur des zones habitées, et violations répétées du droit humanitaire international.