Mali : libération urgente de moussa mara et fin de la répression politique
La condamnation à deux ans de prison, dont un an ferme, infligée à l’ancien premier ministre Moussa Mara pour des accusations d’atteinte au crédit de l’État révèle une justice biaisée au Mali. Amnesty International exige sa libération immédiate, ainsi que celle de tous les détenus politiques, soulignant une violation flagrante des droits humains.
« Cette condamnation illustre le mépris persistant des autorités maliennes envers leurs obligations constitutionnelles et internationales en matière de droits humains », déclare Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. « Au lieu d’étouffer les voix critiques, les autorités doivent cesser toute répression de l’opposition pacifique et garantir la liberté d’expression, d’association et de réunion. »
moussa mara : une arrestation politique sous couvert de justice
Moussa Mara, premier ministre de 2014 à 2015 et président du parti Yéléma, a été arrêté le 1er août après avoir publié un tweet de solidarité envers des activistes et politiciens détenus. Accusé d’« atteinte au crédit de l’État », d’ « incitation au trouble à l’ordre public » et d’ « opposition à l’autorité légitime », il purge une peine jugée disproportionnée par les défenseurs des droits humains.
Son tweet évoquait la « nuit » et promettait de se battre « par tous les moyens pour que le soleil apparaisse », un message interprété par les autorités comme une menace. Cette affaire s’inscrit dans un contexte où les détentions arbitraires et les disparitions forcées se multiplient.
Les autorités maliennes doivent mettre fin aux détentions arbitraires, aux disparitions forcées et à l’utilisation abusive du système pénal pour museler les opposants pacifiques.
Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International
répression des voix critiques : des cas emblématiques
Le Mali fait face à une vague d’arrestations arbitraires ciblant journalistes et activistes. Voici quelques exemples marquants :
el béchir thiam : un enlèvement suivi d’une libération après quatre mois
Journaliste et membre du parti Yéléma, El Béchir Thiam a été enlevé le 8 mai 2025 par des hommes cagoulés se présentant comme des agents des services de renseignement. Son enlèvement faisait suite à une critique publique de la décision du parlement de transition d’accorder un nouveau mandat de cinq ans au gouvernement militaire. Après quatre mois de détention secrète, il a été libéré le 26 septembre 2025.
clément dembélé : un activiste anti-corruption toujours détenu malgré un non-lieu
Arrêté en novembre 2023 alors qu’il s’apprêtait à dénoncer les coupures d’électricité récurrentes, Clément Dembélé a été accusé de menaces contre le chef de l’État Assimi Goïta. Un juge a rejeté les accusations en avril 2025 et ordonné sa libération, mais il reste arbitrairement détenu.
autres figures réduites au silence : rokia doumbia, mohamed youssouf bathily et adama diarra
- Rokiatou Doumbia (« Rose Vie Chère ») : Arrêtée en mars 2023 pour avoir dénoncé la détérioration sécuritaire et économique, elle a été condamnée à un an de prison pour « incitation à la révolte ». Toujours détenue malgré l’expiration de sa peine.
- Mohamed Youssouf Bathily (« Ras Bath ») : Arrêté pour avoir qualifié de « assassinat » la mort en détention de l’ancien premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga, il a été condamné à 18 mois de prison pour « simulation d’infraction ». Toujours en détention provisoire malgré un nouveau procès.
- Adama Diarra (« Ben le Cerveau ») : Arrêté en septembre 2023 pour avoir appelé au retour à un régime civil, il a été condamné à deux ans de prison pour « atteinte au crédit de l’État ». Sa demande de libération provisoire a été rejetée en février 2025.
issa kaou n’djim : une condamnation pour avoir questionné une déclaration officielle
Condamné à deux ans de prison en novembre 2024 pour avoir mis en doute une déclaration des autorités burkinabè sur une tentative de coup d’État, Issa Kaou N’Djim a été arrêté à la suite d’une plainte des autorités burkinabè.
contexte politique : une transition militaire prolongée et une répression croissante
Depuis le coup d’État de 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta, le Mali est dirigé par des militaires. La transition, initialement prévue pour 18 mois, a été prolongée à plusieurs reprises et s’étend désormais sur cinq ans. En avril 2025, le gouvernement a dissous tous les partis politiques, accentuant la répression de l’opposition et des voix critiques.
Face à cette situation, les organisations de défense des droits humains appellent les autorités maliennes à respecter leurs engagements internationaux et à libérer immédiatement tous les détenus politiques.
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