Après plus d’un an et demi de démarches depuis la signature d’un accord-cadre à Paris, le géant financier nigérian, United Bank for Africa (UBA), est sur le point de franchir une étape décisive. L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) devrait très prochainement lui délivrer son précieux agrément bancaire. Ce moment marque un tournant stratégique majeur pour le groupe fondé par le magnat Tony Elumelu, et illustre par la même occasion la dynamique de la diplomatie économique entre la France et la première puissance économique d’Afrique de l’Ouest.
L’attente fut longue pour la banque nigériane UBA, mais l’aboutissement n’a jamais été aussi imminent. Selon des informations concordantes, l’institution devrait se voir accorder, dans les jours à venir, sa licence de banque de plein exercice par l’ACPR, l’organisme de régulation du secteur financier français.
Ce feu vert réglementaire vient concrétiser un processus initié il y a plus de dix-huit mois. À l’époque, un protocole d’accord crucial avait été paraphé avec faste par le président du groupe financier, le milliardaire nigérian Tony Elumelu, et l’ancien ministre français des Finances Antoine Armand, sous l’égide directe des présidents Bola Tinubu et Emmanuel Macron. Cependant, entre les intentions politiques et la rigueur des exigences de la régulation bancaire européenne, le parcours s’est avéré jalonné d’impératifs administratifs.
Les coulisses d’une avancée diplomatique et financière
Les délais dans l’octroi de ce sésame parisien ont suscité des négociations discrètes mais intenses en coulisses. Le sujet a notamment été abordé lors des échanges en marge du sommet Africa Forward, qui s’est tenu en mai dernier à Nairobi.
Lors d’une séance de travail du France-Nigeria Business Council (FNBC), la lenteur du dossier UBA a été explicitement soulevée en présence du ministre délégué français chargé du Commerce extérieur, Nicolas Forissier, et du directeur de la succursale parisienne d’UBA, René-Laurent Alciator.
Un acteur proche des discussions a confié que « la concrétisation de cet agrément n’était plus une question d’opportunité, mais de calendrier. Les deux parties ont convenu d’harmoniser les contraintes réglementaires françaises avec les ambitions régionales du groupe financier. »
À l’issue de cette réunion en terre kenyane, un rendez-vous de travail bilatéral avait été programmé afin de débloquer les derniers obstacles administratifs auprès des autorités de tutelle de la Banque de France. Une approche proactive qui a finalement porté ses fruits.
Le trio de tête de la finance nigériane consolide sa présence à Paris
Pionnière parmi les institutions financières de la première économie d’Afrique subsaharienne, UBA avait été la toute première banque nigériane à s’établir dans la capitale française, dès 2009, avec l’ouverture d’un simple bureau de représentation. En accédant désormais au statut d’établissement de crédit à part entière, elle deviendra la troisième banque de son pays à obtenir une licence complète en France, rejoignant ainsi deux autres poids lourds du secteur.
D’une part, Access Bank est présente depuis 2023 via sa filiale britannique Access Bank UK, et sa succursale française est dirigée par le Français Justin Maria, un ancien cadre expérimenté de BGFIBank. D’autre part, Zenith Bank, présidée jusqu’en mai 2026 par Jim Ovia, a décroché son agrément en septembre 2024. Son inauguration avait été marquée par une soirée somptueuse au prestigieux hôtel Ritz à Paris, rassemblant l’élite des affaires et des personnalités politiques de premier plan, à l’image du président du Conseil constitutionnel, Richard Ferrand. La succursale est actuellement dirigée par Rabah Rahmani, un ancien banquier ayant œuvré au sein de la Société Générale.
L’arrivée d’UBA en tant que banque commerciale de plein exercice parachève la structuration d’un hub financier nigérian à Paris, conçu pour faciliter le financement du commerce transfrontalier entre l’Europe et l’Afrique francophone.
Une conjoncture politique favorable lors de la visite d’Emmanuel Macron à Lagos
Le calendrier de cette homologation n’est pas fortuit. Sur le plan de la gouvernance, UBA s’apprête à tourner une page significative de son histoire : Tony Elumelu doit céder la présidence du conseil d’administration à Emmanuel Nnorom le 21 août. Cependant, le célèbre magnat nigérian pourrait réserver l’annonce officielle de l’ouverture de sa succursale parisienne pour un événement politique majeur : la visite d’État du président français Emmanuel Macron au Nigeria, prévue les 29 et 30 octobre prochains.
Le lien entre les deux hommes s’est d’ailleurs renforcé ces derniers mois. En mars dernier, le chef de l’État français a désigné Tony Elumelu pour prendre la direction de l’Africa France Impact Coalition. Cette plateforme, esquissée en amont du sommet de Nairobi, ambitionne d’insuffler une nouvelle dynamique aux partenariats d’affaires entre les fleurons africains et les champions industriels français.
Le cheminement vers cet accord a comporté plusieurs étapes clés : de la première implantation d’UBA à Paris en tant que bureau de représentation en 2009, suivie par l’obtention de la licence d’Access Bank en 2023 et de Zenith Bank en septembre 2024. La réunion décisive au sommet Africa Forward à Nairobi en mai dernier a préparé le terrain pour le passage de témoin de la présidence du groupe le 21 août, puis à l’annonce attendue lors de la visite d’Emmanuel Macron fin octobre.
La galaxie Heirs Holdings à la conquête des marchés internationaux
Pour le magnat de Lagos, l’obtention de cet agrément au cœur de la zone euro ne représente qu’un élément d’une stratégie de déploiement mondial bien plus vaste. UBA s’inscrit en effet au sein du holding familial Heirs Holdings, un empire diversifié couvrant des secteurs allant de l’énergie et des hydrocarbures à l’hôtellerie de luxe.
Parallèlement à son ancrage parisien, le bras financier du groupe intensifie ses offensives sur le continent africain. Sa banque d’affaires, United Capital, également sous le contrôle de Tony Elumelu, a concrétisé ces derniers mois l’ouverture de nouvelles filiales stratégiques en Éthiopie ainsi qu’au Rwanda.
En s’implantant au cœur du marché financier français, UBA entend non seulement proposer des services de gestion de flux et de crédit aux entreprises françaises désireuses de s’établir en Afrique de l’Ouest, mais également accompagner les champions économiques africains dans leur expansion sur les marchés européens. Une passerelle bancaire désormais opérationnelle, appelée à jouer un rôle pivot dans le rapprochement stratégique entre Paris et Lagos.
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