Crise Bénin Niger : Mohamed Toumba réclame des engagements clairs à Romuald Wadagni

NIAMEY, NIGER – 6 AOÛT : Mohamed Toumba (C), l'une des figures de proue du Conseil national pour la protection de la patrie, assiste à la manifestation des partisans du coup d'État et les salue dans un stade de Niamey, la capitale du Niger, le 6 août 2023. L'ultimatum de sept jours donné par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) à la junte militaire le 30 juillet pour la libération et la réintégration du président Mohamed Bazum expire avant minuit.

La tension persiste entre le Bénin et le Niger. Dans une récente interview télévisée de deux heures et demie, le général Mohamed Toumba, ministre d’État en charge de l’Intérieur au Niger, a abordé des questions cruciales de sécurité et a réitéré les accusations de la junte nigérienne envers la France. Ces déclarations surviennent alors que le Niger fait face à une recrudescence des attaques jihadistes, notamment dans la région du Tillabéry. L’actualité Bénin est marquée par cette crise diplomatique.

Les exigences du Niger face à la politique béninoise

Le général Toumba a également mis en lumière les relations tendues entre Niamey et Cotonou, particulièrement en vue de la prochaine investiture de Romuald Wadagni, désigné successeur de Patrice Talon, prévue le 24 mai. Selon lui, « Patrice Talon est parti, mais Talon n’était pas le véritable problème. Le véritable problème, c’est Macron. »

Le ministre nigérien a affirmé que « Talon est quelqu’un qui est instrumentalisé par la France », l’accusant d’avoir facilité l’implantation française sur le territoire béninois pour « essayer de nous attaquer ». Cette position souligne une vision de la politique béninoise comme étant soumise aux intérêts étrangers.

Interrogé sur les attentes de Niamey vis-à-vis du futur président béninois, Romuald Wadagni, le général Toumba a explicitement demandé des « gages de bonne volonté ». Il a exigé que « le Bénin dise qu’il n’a rien à voir avec les intérêts de la France » et que Cotonou « ne facilite pas la présence de la France sur son territoire pour agresser des voisins à eux, parce que c’est de cela qu’il s’agit ».

Patrice Talon est parti, mais Talon n’était pas le véritable problème. Le véritable problème, c’est Macron.

Contexte des tensions bilatérales

Cette offensive verbale d’un haut responsable de la junte nigérienne n’est pas isolée. Les relations entre le Bénin et le Niger n’ont cessé de se détériorer depuis le coup d’État du général Abdourahamane Tiani le 26 juillet 2023. L’info Bénin est régulièrement impactée par cette crise.

Fin janvier, suite à une attaque visant l’aéroport international de Niamey et la Base 101 – où sont stationnés des militaires russes d’Africa Corps – Abdourahamane Tiani avait déjà proféré des menaces. Il avait alors accusé la France, la Côte d’Ivoire et le Bénin d’être derrière cette attaque, revendiquée par l’État islamique, déclarant : « Nous les avons suffisamment écoutés aboyer, qu’ils s’apprêtent eux aussi à leur tour à nous écouter rugir. »

Perspectives d’apaisement : l’optimisme de Wadagni

Bien que la mise en garde du général Mohamed Toumba ne soit pas une nouveauté, elle prend une importance particulière à quelques jours de l’investiture de Romuald Wadagni à la présidence du Bénin. Cette situation a un impact direct sur la société Bénin aujourd’hui.

Élu avec 94 % des voix lors de la présidentielle du 12 avril, le successeur de Patrice Talon a exprimé une volonté d’apaisement avec Niamey. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique le 23 mars, il avait affirmé : « Je suis convaincu que nous allons pouvoir nous asseoir et discuter. Nous n’avons pas d’autre choix ! » Mettant en avant les défis communs de la région (sécurité, pauvreté, chômage des jeunes) et l’objectif de « prospérité partagée », il avait souligné l’impératif de collaboration.

Romuald Wadagni avait également déclaré que, malgré une coopération sécuritaire « pas au niveau souhaitable » avec le Niger et le Burkina Faso, les chefs d’état-major des trois pays communiquent régulièrement et que « les choses iront en s’améliorant ». Un optimisme qui, manifestement, n’est pas pleinement partagé du côté de Niamey, comme le démontre la Cotonou actualité et les récentes déclarations nigériennes.