Depuis plus de deux mois, le Cameroun observe une absence remarquée : celle de Paul Biya, âgé de 93 ans, parti pour un « court séjour privé en Europe ». Ce départ prolongé, loin d’être anodin, ravive les interrogations concernant sa capacité à diriger un pays toujours plus marqué par les incertitudes post-électorales. Le silence des autorités camerounaises ne fait qu’amplifier les spéculations dans une atmosphère politique déjà tendue.
Face aux critiques, le pouvoir camerounais tente de rassurer. Des responsables gouvernementaux affirment que le président exerce ses fonctions à distance, rappelant qu’aucune limite constitutionnelle n’impose une durée maximale pour les séjours présidentiels à l’étranger. Selon eux, aucune vacance du pouvoir ni crise institutionnelle ne menace l’État, les affaires courantes étant gérées « normalement ». Pourtant, cette argumentation peine à convaincre, tant le mystère entourant le séjour de Paul Biya alimente davantage les doutes qu’il ne les dissipe.
L’opposition camerounaise, elle, ne mâche pas ses mots. Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), dirigé par Maurice Kamto, dénonce un manque criant de transparence. Pour ses membres, les Camerounais méritent de connaître l’état de santé et la capacité réelle du président à assumer pleinement ses fonctions. Le secret autour de ce déplacement européen ne fait qu’envenimer les tensions, plutôt que de les apaiser.
D’autres voix s’élèvent pour souligner les failles du système. Cabral Libii, président du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), estime que la véritable problématique ne réside pas dans l’absence temporaire du chef de l’État, mais dans l’insuffisance des mécanismes juridiques encadrant l’exercice du pouvoir. Il voit dans les élections législatives et municipales prévues en 2027 une opportunité pour moderniser les institutions et renforcer leur résilience face aux crises.
À quelques mois seulement de l’entrée en fonction du nouveau mandat de Paul Biya, cette situation met en lumière les vulnérabilités d’un système politique largement centré sur une seule personne, au pouvoir depuis plus de quatre décennies. Bien plus qu’un simple débat sur un déplacement présidentiel, cette absence prolongée interroge sur l’avenir de la gouvernance, la question de la succession et, surtout, sur la nécessité d’une transparence accrue au sommet de l’État.
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