Crise au Mali : que réserve l’avenir à la junte après l’offensive rebelle ?

crise au Mali : que réserve l’avenir à la junte après l’offensive rebelle ?

L’onde de choc provoquée par les attaques rebelles coordonnées au Mali, ciblant notamment la capitale Bamako, l’assassinat du ministre de la Défense et la prise de contrôle du nord du pays, laisse planer de sérieuses interrogations sur la stabilité du régime militaire dirigé par le colonel Assimi Goïta. Ces événements, revendiqués par une alliance composée du Front de libération de l’Azawad (FLA) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à al-Qaïda, ont ébranlé la confiance dans les capacités de l’armée malienne et de ses alliés.

Les habitants des principales villes du pays ont été réveillés en sursaut par des détonations et des échanges de tirs. Kidal, une cité stratégique du nord, a été perdue au profit des forces rebelles, renforçant les doutes quant à l’efficacité de la junte et de ses partenaires, notamment la Russie, dont les forces sont déployées dans la région pour lutter contre l’insurrection.

Colonel Assimi Goïta, qui a pris le pouvoir par un coup d’État en août 2020, tarde à apparaître publiquement pour rassurer la population. Cette absence prolongée alimente les spéculations sur l’avenir de son régime et sur les stratégies à adopter face à cette menace sans précédent.

scénarios possibles pour le futur de la junte malienne

scénario 1 : maintien au pouvoir et contre-offensive militaire

Malgré l’ampleur des attaques, de nombreux observateurs estiment que la junte pourrait conserver le pouvoir à court terme, car elle contrôle toujours la majorité des grandes villes et des institutions étatiques. Beverly Ochieng, analyste senior chez Control Risks, souligne que les prochains jours seront déterminants : la réussite ou l’échec d’une contre-offensive contre le JNIM et le FLA pourrait sceller le destin du régime.

Trois jours après les attaques, le colonel Goïta a finalement pris la parole à la télévision nationale, affirmant que la situation était sous contrôle et promettant de «neutraliser» les responsables des offensives. Des photos publiées sur les réseaux sociaux du président montrent également une rencontre avec l’ambassadeur russe en Mali, Igor Gromyko, ainsi qu’une visite dans un hôpital où sont soignés les blessés. Cependant, la mort du ministre de la Défense Sadio Camara, figure clé du régime et principal interlocuteur de Moscou, risque de compliquer la coordination militaire et de fragiliser les relations avec la Russie.

Les rebelles, dont les ambitions s’étendent désormais vers le sud depuis Kidal, ont annoncé leur intention de prendre le contrôle de Gao, une ville majeure de la région. Leur porte-parole, Mohamed Elmaouloud Ramadane, a déclaré que Tombouctou figurait également dans leurs objectifs : «Une fois Gao et Kidal maîtrisés, Timbuktu sera facile à conquérir.»

La junte, qui avait bénéficié d’un soutien populaire à son arrivée au pouvoir en promettant de résoudre la crise sécuritaire, se retrouve aujourd’hui en position défensive. Le blocus économique imposé par le JNIM sur Bamako, combiné à l’insurrection, a accentué la pression sur le gouvernement. Une avancée prolongée des groupes armés pourrait plonger le pays dans un conflit durable, mettant en péril la survie de la junte.

scénario 2 : consolidation du pouvoir avec un soutien russe, mais recherche de nouveaux alliés

Les récents événements ont également porté un coup dur à la réputation de la Russie en tant que partenaire sécuritaire fiable au Mali. Ulf Laessing, responsable du programme Sahel à la Fondation Konrad Adenauer, estime que l’échec des forces russes à défendre les grandes villes et la chute de Kidal ont sérieusement entamé leur crédibilité. «L’image de la Russie a subi un revers majeur», déclare-t-il.

Pour maintenir son influence, Bamako pourrait être contraint de diversifier ses partenariats militaires. La Turquie, qui a déjà fourni au Mali des drones décisifs pour reprendre Kidal en 2024, pourrait devenir un allié stratégique. Des rapports indiquent qu’Ankara déploie actuellement des conseillers pour former la garde présidentielle malienne. Par ailleurs, les relations entre le Mali et les États-Unis montrent des signes de réchauffement après des années de tensions.

Nick Hocker, chef de la section des affaires africaines au Département d’État américain, s’est rendu à Bamako au début de l’année pour exprimer le «respect» de Washington pour la souveraineté malienne et évoquer une «nouvelle orientation» des relations bilatérales. Les États-Unis envisagent également de renforcer leur collaboration avec les voisins du Mali, le Burkina Faso et le Niger, sur des priorités communes en matière de sécurité et d’économie.

Le Mali pourrait aussi se tourner davantage vers l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe les juntes du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Bien que cette alliance ait promis son soutien, elle n’a pas encore déployé de force militaire conjointe significative.

Pour la Russie, la question est de savoir si elle pourra maintenir son influence si Bamako diversifie ses partenariats. La crise malienne pourrait également tester la stratégie africaine de Moscou, basée sur des alliances militaires. Si les forces soutenues par la Russie sont perçues comme incapables de protéger leurs alliés, d’autres gouvernements de la région pourraient remettre en question leur dépendance vis-à-vis de Moscou.

scénario 3 : chute de la junte sous la pression, mais qui prendra le relais ?

Les attaques du week-end dernier constituent le défi le plus sérieux auquel le régime militaire est confronté depuis des années. Une intensification des violences pourrait accentuer le mécontentement populaire et faire pression sur la junte. Une issue possible serait un nouveau coup d’État militaire, mené par un autre groupe d’officiers.

Une autre hypothèse serait un remplacement du gouvernement actuel par une alliance entre le FLA et le JNIM. Cependant, cette option soulève des questions sur la cohésion interne de ce partenariat. Le FLA se présente comme un mouvement politique et nationaliste, tandis que le JNIM est un groupe armé islamiste. Leur collaboration, bien que pragmatique, reste fragile et sujette à des tensions.

Les relations entre ces deux groupes remontent à 2012, lorsque la rébellion touarègue avait été récupérée par des militants islamistes. Un porte-parole du FLA avait même qualifié les combattants du JNIM de «cousins», affirmant partager le même ennemi et devoir être «sous le même parapluie». Cependant, le leader du FLA, Sayed Bin Bella, a rapidement précisé qu’il n’était pas question d’une fusion : «Tous les drapeaux que nous avons levés sont les nôtres, pas ceux d’al-Qaïda. S’ils veulent fusionner avec nous, ils doivent quitter l’organisation mondiale d’al-Qaïda.»

Les différences idéologiques entre le FLA et le JNIM pourraient compliquer tout accord de partage du pouvoir. Selon Beverly Ochieng, une issue possible serait une situation similaire à celle de la Syrie, où un groupe autrefois affilié à al-Qaïda prend le pouvoir. Le leadership syrien a déjà été critiqué par des islamistes radicaux pour son manque de rigorisme religieux. Des accusations similaires sont d’ailleurs adressées au JNIM en raison de son alliance avec le FLA.

Ces divergences pourraient devenir une source de tensions futures, sauf si les séparatistes parviennent à prendre le contrôle total du nord et à se distancier des dynamiques nationales.

perspectives d’avenir pour le Mali

La crise actuelle au Mali souligne l’urgence pour la junte de restaurer la sécurité et de regagner la confiance de la population. Entre le maintien au pouvoir par une contre-offensive militaire, la recherche de nouveaux alliés pour renforcer sa position, ou le risque de chute sous la pression des rebelles, les prochains mois seront cruciaux pour l’avenir politique et sécuritaire du pays.

Les décisions prises par Bamako, en coordination avec ses partenaires régionaux et internationaux, détermineront si le Mali peut surmonter cette épreuve ou s’il sombrera dans un conflit prolongé aux conséquences imprévisibles.