Conseil constitutionnel sénégalais bloque la réforme du Pastef : Sonko sous pression

Le Conseil constitutionnel du Sénégal a rendu une décision historique en invalidant, hier jeudi, la réforme institutionnelle proposée par la majorité parlementaire du Pastef. Ce revers juridique frappe de plein fouet les ambitions politiques d’Ousmane Sonko, déjà fragilisé par les tensions croissantes avec le président Bassirou Diomaye Faye.

Le texte, présenté comme un projet de rééquilibrage des pouvoirs entre les institutions, a été jugé contraire à la Constitution par la plus haute instance judiciaire du pays. Adopté à une large majorité par l’Assemblée nationale, où le Pastef dispose d’une majorité confortable, cette réforme se heurtait aux limites légales de la loi fondamentale.

Deux irrégularités majeures ont été pointées par les sages de la rue de la Concorde. D’abord, l’absence de prévision budgétaire pour financer la future Cour constitutionnelle, essentielle pour concrétiser cette réforme. Ensuite, le non-respect des procédures parlementaires lors de l’examen des amendements gouvernementaux, notamment en refusant d’appliquer le vote bloqué à la demande de l’exécutif, comme le prévoit l’article 82 de la Constitution.

Ousmane Sonko après sa nomination au poste de Premier ministre.

Une réforme contestée sur le fond et la forme

L’arrêt du Conseil constitutionnel met fin aux espoirs du Pastef de faire adopter cette réforme sans respecter les garde-fous constitutionnels. Selon Adji Diarra Mergane Kanouté, ex-députée et présidente de la coalition Ensemble Demain, cette décision ne signifie pas pour autant la fin des ambitions institutionnelles :

« Le rejet du texte ne ferme pas définitivement la porte à une révision constitutionnelle, à condition de respecter strictement les procédures légales. La création d’institutions comme la Cour constitutionnelle ou l’organisation de référendums nécessite des ressources financières, conformément à l’article 82, alinéa 2 de la Constitution. Par ailleurs, le non-respect du vote bloqué par l’Assemblée nationale, violant l’article 82, alinéa 4, a légitimé cette invalidation. »

La réforme prévoyait notamment le renforcement des enquêtes parlementaires, permettant aux députés d’accéder à plus d’informations sur les contrats d’exploitation des ressources naturelles et d’étendre leur contrôle à des domaines jusqu’alors peu accessibles.

Réactions politiques : entre acceptation et critique

Ousmane Sonko a reconnu publiquement la décision du Conseil constitutionnel, tout en affichant sa détermination à poursuivre les réformes. Du côté de la coalition présidentielle, on salue le bon fonctionnement des institutions et l’importance de maintenir le dialogue sur les modifications constitutionnelles. Dr. Binette Ndiaye, coordinatrice du Forum Citoyen, a salué l’arbitrage, soulignant la nécessité d’un processus plus inclusif :

« Cette décision rappelle que, même avec une majorité parlementaire, une réforme constitutionnelle ne peut être imposée sans concertation. Le Conseil constitutionnel a joué son rôle en rappelant les principes républicains : une loi doit être élaborée dans le respect des avis et des procédures, sous peine d’être invalidée. »

Sénégal, Mbour, 2024 | Meeting de campagne de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.

Tensions persistantes au sommet de l’État

Cette décision intervient dans un contexte de tensions accrues entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, deux figures majeures du Pastef. Après avoir été écarté de la Primature en mai, Sonko avait brièvement occupé le poste de président de l’Assemblée nationale, avant que les divergences ne deviennent publiques. Récemment, il évoquait une situation de « cohabitation » avec le chef de l’État, un terme qui reflète les difficultés croissantes à gouverner ensemble.

Pour de nombreux observateurs, cette invalidation marque un nouveau chapitre dans la rivalité qui oppose les deux hommes. Certains y voient même le début d’une crise politique plus profonde, susceptible d’influencer durablement le paysage institutionnel du Sénégal.