Burkina Faso : dissolution massive d’ong et répression de la société civile

Au Burkina Faso, la dissolution de 118 ONG et associations alerte sur l’état des libertés civiques

La récente dissolution de 118 organisations non gouvernementales (ONG) et associations au Burkina Faso soulève de vives inquiétudes quant au respect des libertés fondamentales et des droits humains. Cette mesure, jugée contraire à la Constitution et aux engagements internationaux du pays, marque une intensification de la répression envers la société civile, selon Ousmane Diallo, chercheur senior sur le Sahel au Bureau régional d’Amnesty International.

Cette décision s’inscrit dans une stratégie délibérée visant à museler les acteurs de la société civile à travers des mesures coercitives et des restrictions abusives.

Ousmane Diallo

Pour le chercheur, les défenseurs des droits humains et les militants paient un lourd tribut dans ce contexte, subissant intimidations, détentions arbitraires et poursuites judiciaires. Il rappelle que les ONG jouent un rôle indispensable dans la protection des droits fondamentaux et le renforcement de l’État de droit. Les autorités doivent immédiatement annuler ces dissolutions et garantir un cadre juridique sécurisé pour leur activité.

Cette mesure s’ajoute à une série de restrictions récentes imposées par le régime militaire en place depuis les coups d’État de janvier et septembre 2022. En novembre 2025, un décret a forcé les ONG à transférer leurs fonds vers une banque d’État, exposant leurs ressources à des risques de gel abusif et de surveillance financière accrue.

Contexte politique et juridique au Burkina Faso

Le 15 avril 2026, le ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité a officialisé la dissolution de 118 ONG et associations « conformément aux textes en vigueur », sans préciser les motifs de cette décision. Cette annonce intervient dans un contexte déjà marqué par des mesures restrictives à l’encontre des acteurs de la société civile et des partis politiques.

En janvier 2026, tous les partis politiques ont été dissous après une suspension de trois ans, tandis que la transition militaire, initialement prévue pour juillet 2024, a été prolongée de cinq ans en mai 2024. Ces développements illustrent une dérive autoritaire et une réduction progressive de l’espace civique au Burkina Faso.

Violation des engagements internationaux

Selon Ousmane Diallo, la dissolution des ONG contredit la Constitution burkinabè, qui consacre la liberté d’association, ainsi que les obligations internationales du pays. Le Burkina Faso, signataire de la Charte africaine des droits de l’homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, est tenu de respecter ces principes fondamentaux.

Les autorités sont donc appelées à cesser toute forme de répression et à rétablir un climat propice au travail des associations. La société civile, pilier de la démocratie, ne peut être réduite au silence sans conséquences graves pour les droits humains et la stabilité du pays.

Quelles conséquences pour les acteurs locaux ?

Les organisations dissoutes, souvent engagées dans des domaines clés comme l’éducation, la santé ou la défense des droits des femmes, risquent de voir leurs activités suspendues sine die. Cette décision pourrait également décourager les partenariats internationaux et affaiblir la crédibilité du Burkina Faso sur la scène mondiale.

Les défenseurs des droits humains appellent à une mobilisation internationale pour faire pression sur les autorités et exiger le respect des libertés fondamentales.