Abidjan consolide son rôle de hub portuaire pour le Sahel

Le Port autonome d’Abidjan a officiellement annoncé le renforcement de ses partenariats économiques avec trois capitales sahéliennes majeures : Ouagadougou, Bamako et Niamey. Cette démarche s’inscrit dans une vision stratégique visant à consolider la position du port ivoirien comme plateforme logistique incontournable en Afrique de l’Ouest, malgré les défis politiques récents.

Une performance exceptionnelle en 2025

En 2025, le Port autonome d’Abidjan a enregistré une hausse de 16 % de son trafic global, une performance qui confirme son attractivité auprès des opérateurs économiques du Sahel. Malgré les tensions diplomatiques ayant conduit au retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO en début d’année, le port continue de jouer un rôle clé dans l’approvisionnement de ces trois pays enclavés. Une part importante des importations à destination du Burkina Faso, du Mali et du Niger transite aujourd’hui par Abidjan.

Cette dynamique a renforcé la place du port ivoirien, désormais leader du trafic conteneurisé en Afrique de l’Ouest francophone, devançant ses concurrents directs de Lomé et Cotonou. Les autorités portuaires ont investi massivement pour moderniser les infrastructures et optimiser les temps de traitement des marchandises.

Un corridor innovant pour Bamako via Bobo-Dioulasso

Dès avril 2025, le groupe Africa Global Logistics a lancé un corridor multimodal reliant Abidjan à Bamako, en passant par le port sec de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso. Ce nouvel axe combine transport routier et ferroviaire, offrant une solution optimisée pour acheminer les marchandises vers le Mali.

Le gouvernement burkinabè a alloué près de 200 milliards de francs CFA dans son budget 2026 pour rénover la route reliant Ouagadougou à Bobo-Dioulasso. Ces travaux, essentiels pour fluidifier le transit, permettront de réduire significativement les délais et les coûts logistiques pour les opérateurs maliens et burkinabè.

Dédouanement numérique : une révolution pour les échanges

Depuis le 31 mars 2025, la Côte d’Ivoire a supprimé les visas douaniers physiques pour le transit de marchandises vers le Mali et le Burkina Faso. Cette mesure s’accompagne du déploiement du système SIGMAT, interconnecté avec les douanes burkinabè, pour sécuriser et accélérer les opérations de dédouanement.

La digitalisation des procédures permet aux opérateurs de traiter leurs déclarations en ligne, réduisant ainsi les files d’attente aux frontières. Cette réforme s’inscrit dans une volonté plus large de moderniser les processus douaniers ivoiriens et d’améliorer la compétitivité du port.

Côte d’Ivoire : un acteur économique clé en Afrique de l’Ouest

Avec une économie en pleine croissance, la Côte d’Ivoire mise sur son infrastructure portuaire pour renforcer son influence commerciale régionale. Le pays dispose de deux grands ports : Abidjan, premier port conteneurisé de la sous-région, et San Pedro, spécialisé dans l’exportation de cacao et de bois. Abidjan concentre la majorité des échanges avec les pays sahéliens.

En avril 2025, les Pays-Bas ont confirmé un investissement de 196 milliards de francs CFA pour moderniser les infrastructures portuaires d’Abidjan et de San Pedro. Parallèlement, le groupe belge Sea Invest a annoncé de nouveaux projets visant à porter la capacité de traitement des ports ivoiriens à 11 millions de tonnes de marchandises d’ici 2026.

Un enjeu vital pour les pays enclavés

Pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger, l’accès aux ports de la côte atlantique reste une priorité absolue. Ces trois pays, dépourvus de littoral, dépendent des corridors commerciaux traversant la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Togo ou le Ghana pour leurs approvisionnements en produits essentiels.

Le retrait des États du Sahel de la CEDEAO en janvier 2024 avait soulevé des interrogations sur la pérennité des échanges. Pourtant, les initiatives du Port d’Abidjan démontrent une volonté de maintenir la fluidité des flux, indépendamment des tensions politiques.

Les autorités ivoiriennes misent sur des tarifs compétitifs et une réactivité accrue pour conserver leur avance face à la concurrence des ports béninois et togolais, également actifs sur les mêmes corridors.