Un mois béninois à la Fnac Saint-Lazare : quel héritage pour les relations culturelles entre Paris et Cotonou ?

Du 22 septembre au 17 octobre 2026, la Fnac Paris Saint-Lazare met le Bénin à l’honneur. Expositions, rencontres, débats, projections et concerts composeront une programmation qui fait dialoguer histoire, mémoire, spiritualité et création contemporaine. Mais au-delà de l’événement, quel impact cette initiative peut-elle avoir sur les liens culturels entre la France et le Bénin ?

Pendant près d’un mois, Paris vibrera au rythme du Bénin. La Fnac Saint-Lazare consacre une programmation exceptionnelle à ce pays d’Afrique de l’Ouest, avec une série de rendez-vous dédiés à son histoire et à sa culture. L’initiative, organisée avec le soutien de l’Ambassade de la République du Bénin en France pour plusieurs des événements annoncés, investira notamment le forum de rencontre situé au troisième étage du magasin.

Loin d’une simple présentation folklorique, cette programmation explore plusieurs facettes du Bénin : ses traditions spirituelles, son passé lié au royaume du Dahomey et à la traite négrière, les questions de restitution des biens culturels, mais aussi la création artistique contemporaine, la littérature, la gastronomie et les musiques actuelles.

Une mémoire racontée en images

Le coup d’envoi sera donné le 22 septembre avec l’exposition photographique « Ayérayé : Éternel », consacrée au travail de l’artiste photographe et designer béninois Eustache Ahomagnon. Jusqu’au 17 octobre, les visiteurs pourront découvrir un travail situé à la croisée de la photographie et de la création textile.

L’artiste y explore notamment la mémoire, la spiritualité et la création contemporaine à travers l’univers des Egungun, figures liées au culte des ancêtres chez les Yorubas. Les images dialoguent avec des créations textiles inspirées des formes, des matières et des mouvements associés à ces traditions. Cette exposition donne d’emblée le ton : montrer un Bénin à la fois profondément attaché à ses héritages et résolument tourné vers la création contemporaine.

Spiritualité, traditions et voix d’auteurs

Le 24 septembre, une rencontre réunira Saskia Cousin Kouton, professeure de sociologie et autrice, la journaliste Delphine Bousquet Hazoumè et le chercheur Richard J.V. Sogan. Ils échangeront autour de la spiritualité, des traditions et de plusieurs ouvrages consacrés au patrimoine béninois.

Le lendemain, le public retrouvera la cheffe Georgiana Viou. Née au Bénin, elle racontera son parcours et présentera son livre « Oui cheffe ! Du Bénin à l’étoile Michelin. Itinéraire d’une battante ». Son parcours permet également d’aborder la gastronomie comme un espace de transmission culturelle : les produits et saveurs béninois continuent d’accompagner son travail, jusque dans une cuisine construite entre plusieurs influences.

La musique prendra ensuite le relais. Le 26 septembre, l’artiste béninois Joe Kingston proposera un showcase autour de son univers d’« Afro futur vibes », où se rencontrent hip-hop et influences africaines contemporaines. Le lendemain, le poète et slameur Sergent Markus présentera son album « Vodun Gospel », projet nourri notamment de références musicales issues de la culture vodun.

Du Dahomey à la restitution des œuvres

La programmation abordera également les pages les plus sensibles de l’histoire béninoise. Le 1er octobre, une rencontre sera consacrée au Dahomey et à l’histoire de l’esclavage. L’écrivain et journaliste Vincent Hugeux échangera avec Frédéric Ravatin, ingénieur et scénographe scientifique, notamment autour du travail réalisé autour du « Bateau de la Mémoire » à Ouidah, conçu comme un dispositif de mémoire consacré à la traite négrière.

Le lendemain, la question de la restitution des biens culturels entre la France et le Bénin sera au centre des discussions. L’Ambassadeur Angelo Dan, Romain Da Costa et le conservateur du patrimoine Kolawodé Daniel Abidjo reviendront sur un processus historique qui a profondément marqué les relations culturelles entre les deux pays.

Ce choix de thèmes donne à la manifestation une dimension historique et mémorielle particulièrement forte. Il ne s’agit plus seulement de présenter des œuvres ou des artistes, mais de questionner la manière dont un pays raconte son passé, conserve ses patrimoines et construit son rapport au monde.

Le cinéma comme trait d’union entre mémoire et présent

Le 4 octobre, place au cinéma avec la projection de « Retour à Ouidah 1993. Les Revenants », documentaire de Charles Najman consacré au retour à Ouidah, ville intimement liée à l’histoire du vodun et à celle de la diaspora africaine issue de la traite négrière. La projection sera suivie d’un échange avec la journaliste, productrice et programmatrice Emmanuelle Honorin.

À travers ce film réalisé dans le contexte du Festival Ouidah 92, la programmation fera ainsi dialoguer les images du passé avec les interrogations contemporaines sur la mémoire, l’identité et les liens entre le Bénin et sa diaspora.

Une scène contemporaine bien présente

La création actuelle ne sera pas oubliée. Le 30 septembre, une carte blanche sera consacrée au réalisateur, coproducteur et directeur de la photographie Mr DYRECK. Son travail, réalisé entre le Bénin et la France, témoigne d’une nouvelle génération d’artistes qui utilisent l’image pour raconter autrement l’Afrique de l’Ouest.

Le 10 octobre, la musique prendra une nouvelle dimension avec la venue de la chanteuse et artiste de jazz Mina Agossi, invitée à présenter son album « Dynamic. Tribute to Dinah Washington ».

Enfin, le 17 octobre, la programmation s’achèvera avec un showcase du groupe Teriba, présenté comme le premier groupe féminin de musique du Bénin. Créé en 2002, le collectif s’est notamment fait connaître par son travail autour du chant a cappella et par sa volonté de valoriser le patrimoine culturel béninois.

Paris, carrefour des cultures béninoises

À travers cette succession de rendez-vous, la Fnac Saint-Lazare transforme donc, pendant près de quatre semaines, son espace parisien en une véritable vitrine consacrée au Bénin. De la photographie à la gastronomie, du slam au jazz, du cinéma à l’histoire, la programmation dessine un portrait pluriel d’un pays dont le patrimoine continue d’alimenter la création contemporaine.

Elle rappelle aussi que la culture béninoise ne se résume pas à un héritage figé. Elle se transmet, se réinvente et se discute. Entre les traditions vodun, la mémoire du Dahomey, l’histoire de la traite négrière, les débats sur la restitution des œuvres et les nouvelles expressions artistiques, c’est finalement tout un récit du Bénin qui s’invite au cœur de Paris.

Tous les événements annoncés sont accessibles gratuitement, dans la limite des places disponibles. La Fnac Saint-Lazare donne ainsi rendez-vous aux curieux, aux passionnés de culture africaine, aux membres de la diaspora béninoise et, plus largement, à tous ceux qui souhaitent découvrir ou redécouvrir un pays dont l’histoire et la création occupent une place singulière dans les échanges culturels entre l’Afrique et la France.