Le nord-est du Nigeria est-il en passe de tourner définitivement la page des violences jihadistes qui ravagent la région depuis près de quinze ans ? Les derniers chiffres communiqués par l’armée nigériane laissent entrevoir une avancée majeure dans la lutte contre Boko Haram et l’ISWAP. Depuis avril 2025, les forces armées ont éliminé plus de 1 100 insurgés, libéré plus de 600 civils et démantelé des réseaux logistiques essentiels à la survie des groupes armés. Mais cette embellie militaire suffit-elle à garantir une paix durable, ou ces groupes, malgré leur affaiblissement, conservent-ils les moyens de nuire ?
Un bilan militaire sans précédent : 1 106 jihadistes neutralisés en quelques mois
Le général Abdulsalam Abubakar, commandant sortant de l’opération HADIN KAI, a dévoilé un bilan chiffré qui marque un tournant dans la guerre contre le terrorisme au Nigeria. Selon ses déclarations, les frappes aériennes et terrestres menées dans les bastions historiques comme la forêt de Sambisa, les monts Mandara et les rives du lac Tchad ont permis de décimer les rangs de Boko Haram et de l’ISWAP. Plus de 1 106 combattants jihadistes ont été éliminés, réduisant drastiquement la capacité de nuisance de ces groupes.
Les forces armées ont également saisi un arsenal conséquent : 475 armes à feu, dont des fusils d’assaut et des armes lourdes, ainsi qu’un stock important de munitions. Une victoire matérielle qui prive les insurgés d’une partie de leur puissance de feu.
Des réseaux logistiques démantelés et une vague de redditions sans précédent
L’offensive ne s’est pas limitée aux combats frontaux. Les services de renseignement nigérians ont intensifié leurs actions pour cibler les soutiens logistiques des jihadistes, essentiels à leur survie quotidienne. Résultat : 758 collaborateurs présumés ont été arrêtés, coupant ainsi les approvisionnements en nourriture, carburant et matériel de communication des maquisards. Ces arrestations fragilisent considérablement la structure organisationnelle des groupes armés.
Parallèlement, la pression militaire a encouragé une dynamique de redditions. 969 personnes, dont des combattants actifs et leurs familles, ont choisi de déposer les armes et de quitter les zones contrôlées par les insurgés. Ces déserteurs bénéficient désormais des programmes de désarmement et de réintégration, une étape clé pour une réinsertion durable dans la société.
Plus de 600 civils libérés : un espoir pour les populations prises en otage
Au-delà des chiffres militaires, la libération de 638 civils, dont de nombreuses femmes et enfants enlevés lors de raids jihadistes, constitue un succès humanitaire majeur. Ces rescapés, souvent soumis à des conditions extrêmes pendant des années, sont pris en charge par les autorités et les organisations humanitaires pour une réinsertion progressive.
Cependant, les traumatismes subis par ces victimes rappellent l’urgence de restaurer un climat de sécurité durable dans une région où plus de deux millions de personnes restent déplacées depuis 2009.
Une situation sécuritaire encore fragile malgré les avancées
Malgré ces résultats encourageants, le défi reste entier. Le conflit, qui a déjà fait plus de 40 000 morts et traumatisé des générations entières, n’est pas encore éteint. L’ISWAP, dissidence de Boko Haram affiliée à l’État islamique, conserve une capacité de nuisance grâce à des tactiques d’embuscades et l’utilisation d’engins explosifs improvisés (EEI).
Le passage de témoin à la tête de l’opération HADIN KAI intervient donc à un moment crucial. Le nouveau commandement devra non seulement consolider les gains militaires, mais aussi sécuriser les zones libérées pour permettre le retour des populations déplacées et relancer l’activité économique locale.
L’avenir du nord-est du Nigeria dépend désormais de la capacité des autorités à transformer ces succès tactiques en une paix durable, tout en maintenant une vigilance constante face à un ennemi résiduel.
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