Tshisekedi lance un dialogue national inédit en RDC : les clés du projet

Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a dévoilé jeudi un ambitieux projet de « dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Une initiative présentée comme une réponse aux multiples crises qui minent le pays depuis des années.

Félix Tshisekedi s'exprime lors d'une conférence

Un dialogue ancré dans les territoires congolais

Contrairement aux initiatives passées, ce dialogue ne débutera pas à Kinshasa mais dans l’ensemble des 26 provinces du pays. Félix Tshisekedi insiste sur cette approche territoriale : « Ce processus se construira depuis les territoires, les communautés et les provinces, afin d’en recueillir les réalités et les attentes ».

Les forums provinciaux réuniront une diversité d’acteurs : élus locaux et nationaux, représentants de l’opposition, chefs coutumiers, leaders religieux, acteurs économiques et universitaires. Chaque province aura pour mission d’identifier les défis locaux : insécurité, conflits fonciers, tensions communautaires, inégalités ou encore blocages administratifs.

Les enseignements tirés de ces consultations locales nourriront ensuite les débats nationaux prévus à Kinshasa. L’objectif affiché ? Établir un diagnostic partagé des crises qui secouent la RDC et proposer des solutions durables.

Foule animée dans une rue de Goma

Deux ordonnances pour structurer le processus

Pour concrétiser ce projet, Félix Tshisekedi annoncera prochainement deux ordonnances présidentielles. La première créera un comité d’organisation chargé de superviser les aspects logistiques et administratifs du dialogue. La seconde actera officiellement le lancement des assises et précisera les règles de participation, les étapes du processus ainsi que les mécanismes de suivi des recommandations.

Le président a fixé une durée maximale de trois mois pour l’ensemble des travaux. À l’issue des débats nationaux, un « pacte national » devrait être adopté, accompagné d’un dispositif permanent de vérification des engagements pris.

Les lignes rouges fixées par le président

Félix Tshisekedi a clairement défini les limites qu’il considère comme non négociables. Premier point crucial : le dialogue ne devra pas servir de prétexte à un partage du pouvoir. « L’histoire nous a montré que les crises ne se résolvent pas par des arrangements politiques, mais par le renforcement de l’État », a-t-il souligné.

Autre interdiction : la participation des groupes armés. « Aucun acteur ne sera exclu en raison de ses opinions ou de son origine, mais aucun ne pourra siéger à la table des négociations tout en menant des actions armées contre le pays », a-t-il déclaré. Cette position exclut notamment les mouvements actifs dans l’est de la RDC, alors que des pourparlers se poursuivent à l’international.

Le président a également réaffirmé son attachement à l’ordre constitutionnel issu des élections de 2023, excluant toute remise en cause des institutions en place. Il a par ailleurs précisé que ce dialogue national ne se substituerait pas aux initiatives diplomatiques en cours.

Félix Tshisekedi s'adresse à son auditoire

Les réactions de l’opposition : entre scepticisme et critiques

Claudel Lubaya : un « rendez-vous manqué »

L’opposant Claudel Lubaya a vivement réagi à l’annonce présidentielle. Dans un message publié sur X, il a dénoncé l’absence de « hauteur de vue » et de « réponses à la mesure de la crise ». Pour lui, ce dialogue représente un « rendez-vous manqué avec l’histoire ». Il estime que les propositions du chef de l’État ne répondent pas aux attentes des Congolais et craint qu’elles ne servent surtout les intérêts de la coalition au pouvoir.

Christian Mwando : une initiative « non inclusive »

Christian Mwando Nsimba Kabulo

Christian Mwando Nsimba, député et figure de l’opposition, a également exprimé ses doutes. Il qualifie le projet de « vaste kermesse » incapable de mettre fin au conflit. L’opposant s’interroge sur l’absence du terme « inclusif » dans la communication présidentielle, alors que cette notion était centrale dans les discussions précédentes. Il questionne aussi la compatibilité entre ce dialogue et les négociations en cours à Doha.

Jean-Claude Katende : un soutien partiel

À l’inverse, Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), a salué certains aspects du discours présidentiel. Il se félicite notamment de l’exclusion d’un partage du pouvoir et de la volonté de renforcer la participation citoyenne. « Je partage l’objectif du président Tshisekedi de bâtir un dialogue sans arrangement politique », a-t-il déclaré. Toutefois, il appelle à la vigilance : « L’essentiel sera de voir si ces belles paroles se traduiront en actes ».

Un test pour la crédibilité du pouvoir

Cette initiative survient dans un contexte de crise sécuritaire persistante à l’est du pays et de tensions politiques internes. Pour le pouvoir, l’enjeu est de convaincre l’opposition, la société civile et l’ensemble des acteurs congolais que ce dialogue produira des résultats tangibles. Pour l’opposition, la question reste entière : s’agira-t-il d’un véritable cadre de concertation nationale ou d’une manœuvre politique au service du camp présidentiel ?

Les prochaines ordonnances annoncées par Félix Tshisekedi livreront des indices précieux sur la composition du comité préparatoire et les modalités de participation aux assises nationales. Une chose est sûre : la crédibilité de ce projet dépendra de son inclusivité et de sa capacité à transcender les clivages partisans.

Militants scandant des slogans en l'honneur de Tshisekedi