Succès Masra : une détention inique et des conditions de vie indignes au Tchad
Depuis un an, l’opposant tchadien Succès Masra croupit derrière les barreaux. Condamné à vingt ans de prison pour un message diffusé en 2023, accusé d’avoir provoqué des violences intercommunautaires dans le sud du pays, il clame haut et fort son innocence. Pourtant, les conditions de sa détention et l’absence de preuves concrètes alimentent les soupçons d’une injustice judiciaire.
Un opposant pacifique derrière les barreaux
Chef du parti Les Transformateurs, Succès Masra a marqué l’histoire politique du Tchad en obtenant 18 % des voix lors de la présidentielle de 2024, se classant officiellement en deuxième position. Pourtant, depuis mai 2025, il est détenu dans un local étroit de moins de 15 m², sans lit ni lumière naturelle, au sein d’un bureau de la police judiciaire à N’Djaména. Ses appareils électroniques lui ont été confisqués, le privant de tout contact avec sa famille, y compris sa femme et sa fille.
Sa sœur, Chancelle Masra, installée en France, alerte sur l’état de santé de son frère, qui souffrirait de problèmes respiratoires nécessitant des analyses médicales impossibles à réaliser au Tchad. « Il a besoin d’une prise en charge médicale urgente, mais aucune structure locale ne peut lui offrir les soins dont il a besoin », déclare-t-elle avec émotion.
Des visites limitées et une procédure judiciaire opaque
Malgré les restrictions, Succès Masra peut recevoir la visite de ses avocats et de sa mère, sous réserve d’autorisations répétées. En revanche, aucun contact téléphonique n’est autorisé. Sa sœur confirme : « Nous nous battons depuis des mois pour qu’il puisse consulter des médecins et voir sa famille, mais les conditions restent précaires. »
Sur le plan judiciaire, la situation est tout aussi préoccupante. Condamné en août pour incitation à la haine et à la violence, il a fait appel, mais aucune date pour le procès en appel n’a été communiquée. « Le dossier est vide, sans preuve ni témoignage », dénonce Chancelle Masra. « Mon frère a toujours prôné le dialogue et signé des accords de paix, comme en 2023. Enfermer un homme pacifique ne résoudra pas les tensions au Tchad. »
Un climat politique qui se dégrade
La détention de Succès Masra s’inscrit dans un contexte de répression accrue contre l’opposition. Récemment, huit membres du collectif Gcap ont été condamnés à huit ans de prison pour avoir tenté d’organiser une marche pacifique. « Si l’opposition ne peut plus s’exprimer librement, le Tchad n’est plus une démocratie », s’indigne sa sœur. « La justice ne doit pas servir à régler des comptes avec des opposants pacifiques. »
Chancelle Masra souligne que la mobilisation internationale, notamment de la part d’organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch, a permis de maintenir son frère en vie. « Sans cette solidarité, qui sait ce qu’il serait advenu de lui ? »
L’espoir d’une libération et d’une justice restaurée
Pour sa sœur, la libération de Succès Masra est une question de droits humains et de démocratie. « La justice tchadienne doit réparer cette erreur », plaide-t-elle. « Mon frère n’a jamais appelé à la violence. Il mérite d’être libéré, et son procès en appel doit avoir lieu dans la transparence. »
Alors que le président Mahamat Idriss Déby a été reçu à l’Élysée en janvier 2026, Chancelle Masra appelle à une prise de responsabilité : « Il ne faut pas abandonner la défense des innocents au nom de la lutte contre le terrorisme. La liberté d’expression et les droits humains doivent primer. »
En attendant, la famille de Succès Masra compte sur la pression internationale pour faire entendre sa voix et obtenir sa libération. Une libération qui, pour beaucoup, serait un symbole fort pour l’avenir du Tchad.
