Sénégal : Moody’s dégrade la note Caa2, le pays au bord de l’abîme financier

L’agence Moody’s vient d’abaisser la note souveraine du Sénégal, la portant à Caa2, contre Caa1 précédemment. Cette décision s’accompagne d’une perspective toujours négative, reflétant des risques financiers accrus pour le pays. La dégradation concerne les notations à long terme, tant en devises étrangères qu’en monnaie locale, ainsi que les dettes senior non garanties en devises étrangères. La note à court terme, quant à elle, reste fixée à « Not Prime ».

Une dégradation aux conséquences immédiates

Cette révision s’inscrit dans un contexte où les marchés affichent une méfiance croissante envers la dette du Sénégal. Les Eurobonds sénégalais ont subi une chute spectaculaire, perdant près de 20 % de leur valeur entre septembre et décembre 2025. Les spreads de rendement ont également doublé, passant de 800 à 1 500 points de base en moyenne annuelle. Un exemple frappant : l’Eurobond à échéance 2048 s’échangeait à seulement 51 centimes pour un euro en décembre 2025, soit une décote de 49 %. Celui à échéance 2028, dont le remboursement a débuté en mars 2026, affichait quant à lui une décote dépassant 30 %.

Des finances publiques sous haute tension

Les besoins de financement brut du Sénégal représentent désormais près de 25 % du PIB. Le remboursement annuel du principal seul équivaut à environ 18 % du PIB, tandis que les intérêts représentent désormais entre 16,1 % et 23,7 % des revenus de l’État entre 2023 et 2026. Selon les estimations, la dette publique totale, y compris celle des entreprises publiques, atteint près de 108 % du PIB. Le FMI, de son côté, estime cette dette à 132 % du PIB fin 2024, après la révélation d’une partie de la « dette cachée » sous l’administration précédente.

Les tensions se ressentent également sur le marché régional. Lors des adjudications de l’UEMOA en décembre 2025, seulement 35 milliards de FCFA sur les 95 milliards proposés ont été levés. Le rendement moyen pondéré a bondi de 158 points de base en un mois, confirmant une saturation progressive du marché régional, autrefois considéré comme un filet de sécurité.

Des échéances financières difficiles à honorer

En mars 2026, le gouvernement sénégalais a dû mobiliser près de 485 millions de dollars pour rembourser une tranche d’un Eurobond de 2,2 milliards de dollars émis en 2018. Cette opération a nécessité le recours aux banques locales, faute d’accès facilité aux marchés internationaux. Le FMI avait suspendu un programme de prêt de 1,8 milliard de dollars après un désaccord sur la restructuration de la dette. Ces échéances répétées, couplées à l’arrivée à maturité de plusieurs Eurobonds en 2026, rendent le refinancement particulièrement coûteux. La Banque mondiale avait d’ailleurs identifié 2026 comme une année record pour les remboursements dans la région subsaharienne.

Tensions institutionnelles et pression sur les plafonds pays

Moody’s a également abaissé les plafonds pays du Sénégal : de Ba3 à B1 pour la monnaie locale et de B1 à B2 pour les devises étrangères. L’agence met en cause les tensions institutionnelles récentes, notamment le limogeage de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko et son élection à la présidence de l’Assemblée nationale. Ces événements ont exacerbé les frictions entre l’exécutif et le législatif, augmentant selon Moody’s le risque de retards dans la mise en œuvre des réformes budgétaires.

UEMOA : un filet de sécurité encore solide

Malgré ces défis, l’appartenance du Sénégal à l’UEMOA reste un atout majeur. L’arrimage du franc CFA à l’euro et des réserves de change régionales estimées à près de 38 milliards de dollars en mai 2026 limitent, pour l’instant, les risques de crise de change ou de balance des paiements. Cependant, la pression sur les finances publiques reste entière, et la situation exige des mesures urgentes pour éviter un scénario catastrophe.

Une série de dégradations inquiétantes

Il s’agit de la troisième dégradation de la note du Sénégal en un peu plus d’un an. Après un premier abaissement de B3 à Caa1 en octobre 2025, suivi d’une dégradation similaire par une autre agence, le pays aborde les négociations avec le FMI dans un contexte bien plus risqué. Le ministère des Finances avait contesté la première dégradation, la jugeant « spéculative, subjective et biaisée ». Aujourd’hui, les enjeux sont encore plus critiques, et le temps semble jouer contre le Sénégal.