Sénégal : le Pastef pousse la réforme constitutionnelle et la transparence des fonds publics

Sénégal : le Pastef pousse la réforme constitutionnelle et la transparence des fonds publics

Le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a lancé lundi 10 août la première session extraordinaire de l’année au Sénégal. Pendant quinze jours, les députés examineront cinq textes législatifs, dont deux propositions de loi déposées en urgence par la majorité Pastef. Ces initiatives s’inscrivent dans un climat politique particulièrement tendu entre le Premier ministre et le président Bassirou Diomaye Faye.

Un manifestant scande des slogans anti-gays lors d'une manifestation contre l'homosexualité à Dakar, au Sénégal, le vendredi 6 mars 2026.

Une réforme constitutionnelle pour plus de transparence

Parmi les textes examinés, une proposition phare vise à modifier l’article 37 de la Constitution. Ce projet impose au chef de l’État l’obligation de déclarer son patrimoine non seulement en début de mandat, mais aussi à la fin de celui-ci. Cette mesure, déjà incluse dans la révision constitutionnelle adoptée fin juin, avait été invalidée par le Conseil constitutionnel.

La majorité Pastef entend donc relancer cette réforme sous une nouvelle forme, afin de renforcer la transparence des institutions. Bassirou Diomaye Faye, figure centrale de ce mouvement, mise sur cette initiative pour marquer un tournant dans la gouvernance publique.

Le contrôle des « fonds secrets » au cœur des tensions

Le second texte d’urgence proposé par le Pastef porte sur les crédits spéciaux, souvent désignés sous le terme de « fonds secrets ». Ces enveloppes, allouées à la présidence et à la primature, pourraient faire l’objet d’un contrôle renforcé. Une commission parlementaire restreinte serait chargée de superviser leur utilisation.

Ce sujet cristallise les désaccords entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, une divergence qui avait précipité leur rupture en mai dernier. Pour Moussa Diaw, professeur de sciences politiques à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, ces initiatives reflètent une volonté de transparence et de redevabilité accrue.

L’universitaire établit également un lien entre cette offensive parlementaire et la création récente du parti Kiiraay par Bassirou Diomaye Faye. Les débats autour de ces textes pourraient ainsi redéfinir les équilibres politiques au Sénégal.

Trois autres projets de loi à l’ordre du jour

En plus des propositions du Pastef, trois projets de loi gouvernementaux seront examinés. Ils concernent :

  • le Code de la sécurité sociale ;
  • le Code du travail ;
  • la sécurité numérique.

Ce dernier texte s’inscrit dans un contexte marqué par plusieurs attaques informatiques ciblant des institutions publiques depuis octobre, dont le Trésor public. Son adoption vise à instaurer un cadre juridique strict pour protéger les infrastructures et données numériques de l’État.

Un calendrier législatif chargé

L’adoption des deux propositions de loi dépendra des débats parlementaires et, le cas échéant, de la validation du Conseil constitutionnel. Leur examen en procédure d’urgence souligne l’importance accordée à ces réformes par la majorité.

Cette session extraordinaire s’annonce comme un moment clé pour l’avenir politique et institutionnel du Sénégal, avec des enjeux majeurs autour de la transparence et de la gouvernance.