Le débat autour d’un éventuel report des élections au Sénégal s’intensifie dans l’arène politique dakaroise. Après les déclarations du Premier ministre Ousmane Sonko, c’est au tour d’El Malick Ndiaye, figure majeure du parti au pouvoir, de prendre position pour écarter toute idée de modification du calendrier électoral. Son intervention survient dans un contexte où l’exécutif actuel refuse catégoriquement cette hypothèse, moins de deux ans après la crise institutionnelle qui avait ébranlé le pays.
Un avertissement sans ambiguïté aux partisans du report
El Malick Ndiaye a directement visé les acteurs politiques, qu’ils agissent en public ou en privé, qui soutiennent ou envisagent un report des prochains scrutins. Pour le responsable du Pastef, le respect intégral du calendrier électoral représente une limite absolue, non négociable. Cette prise de parole s’ajoute à celle d’Ousmane Sonko, qui avait déjà souligné, ces derniers temps, que toute tentative de décaler les élections serait combattue avec la plus grande rigueur.
Cette double intervention reflète la volonté des autorités actuelles de contrôler le récit public avant que l’idée d’un report ne s’impose dans les esprits. La situation évoque, en négatif, la tentative infructueuse de report de la présidentielle de février 2024 par l’ancien président Macky Sall, invalidée par le Conseil constitutionnel après des semaines de tensions. Cet épisode historique renforce aujourd’hui la vigilance des nouvelles équipes dirigeantes.
Un message politique adressé à l’opposition
La déclaration d’El Malick Ndiaye s’interprète également comme un signal adressé à l’opposition, que la majorité accuse de chercher à gagner du temps. En verrouillant fermement le débat, le Pastef cherche à priver ses adversaires de toute marge de manœuvre concernant les futures échéances électorales. Le discours adopté mise sur une rhétorique patriotique et institutionnelle, s’appuyant sur le souvenir encore vif des manifestations qui avaient accompagné, en 2023, la contestation du décret reportant la présidentielle.
Cette stratégie s’accompagne d’un message envoyé aux partenaires internationaux du Sénégal, souvent perçus comme des garants indirects de la stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest. Dakar souhaite afficher, envers ses voisins de la CEDEAO comme envers les chancelleries occidentales, une stabilité institutionnelle irréprochable. Le pays, souvent cité en exemple pour sa régularité électorale dans la région, cherche à éviter toute confusion avec les transitions prolongées observées au Mali, au Burkina Faso ou en Guinée.
Un calendrier électoral sous haute tension
Sur le plan juridique, aucun ajustement du calendrier n’a été officiellement proposé. Pourtant, l’anticipation manifestée par le pouvoir révèle une nervosité croissante à l’approche des prochaines échéances, dans un contexte où les équilibres politiques se recomposent depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye à la présidence en avril 2024. Les législatives anticipées de novembre 2024, remportées largement par le Pastef, ont renforcé la majorité, sans pour autant apaiser les tensions avec une opposition qui remet régulièrement en cause les choix de l’exécutif.
Les mises en garde successives de Sonko et d’El Malick Ndiaye pourraient influencer les débats parlementaires à venir. Les discussions au sein de l’Assemblée nationale, où le Pastef détient une majorité confortable, seront particulièrement observées, notamment sur les textes relatifs à l’organisation des scrutins ou à la révision du fichier électoral. Toute proposition susceptible d’ouvrir la porte à un report serait immédiatement condamnée par la formation au pouvoir.
La fermeté affichée par les dirigeants du Pastef devra, dans les mois à venir, se concrétiser par des actions tangibles en matière de logistique et de financement des prochaines consultations. La crédibilité du discours sur la protection du calendrier électoral sénégalais dépendra aussi de cette mise en œuvre discrète mais cruciale.
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