Un nouveau climat de tension oppose l’Église catholique de la République démocratique du Congo au pouvoir en place. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a pris une position ferme contre un projet de révision constitutionnelle visant à autoriser le président Félix Tshisekedi à se représenter pour un troisième mandat en 2028.
La CENCO appelle le chef de l’État à respecter le serment prononcé « devant Dieu et la Nation ». Elle se dit prête à dévoiler un calendrier d’actions concrètes sur le terrain. Les évêques invitent la population à résister et à faire échouer cette initiative, qu’ils jugent « susceptible de balkaniser le pays et de le mener vers une guerre civile ».
Risque de guerre civile
La Constitution de la RDC ne permet que deux mandats présidentiels. Félix Tshisekedi est au pouvoir depuis janvier 2019 et a été réélu en 2023 pour un second et dernier mandat. Toutefois, au début du mois de mai, lors d’une conférence de presse, il a laissé entendre qu’il pourrait envisager un troisième mandat, évoquant la possibilité d’organiser un référendum pour modifier la Constitution. Depuis, ses alliés politiques militent activement en ce sens.
L’Église catholique déjà opposée par le passé
L’Église catholique s’était déjà opposée par le passé à l’ancien président Joseph Kabila, qui voulait également modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat. Aujourd’hui, préoccupée par un scénario similaire, la CENCO s’est réunie en « Assemblée plénière extraordinaire » à Kinshasa, du 18 au 20 juin 2026.
Dans une déclaration finale de 17 points, les 37 membres de la Conférence épiscopale (cardinal, évêques et prêtres) affirment que « la Nation est en péril ! » Le pays reste en proie à la guerre, malgré de nombreux accords de paix. Depuis quatre ans, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont sous le contrôle des rebelles de l’Alliance du Fleuve Congo / Mouvement du 23 mars (AFC/M23), qui renforcent progressivement leur administration sur les territoires occupés.
Violences à l’Est et menace épidémique d’Ebola
Dans l’Ituri et une partie du Nord-Kivu, d’autres groupes armés, notamment les Forces démocratiques alliées (ADF), continuent de « massacrer des milliers » de Congolais. À ces crises déjà graves s’ajoute à l’Est la fièvre hémorragique Ebola, avec un risque d’extension.
« Pendant ce temps, nous observons avec beaucoup d’inquiétude une tension croissante issue de la campagne de la majorité au pouvoir en faveur du changement de la Constitution du 18 février 2006 », déplore le clergé congolais. « Malheureusement, ajoute-t-il, cette campagne, qui utilise les moyens de l’État, se déroule dans un climat de terreur : les voix discordantes au sein même de la Majorité sont contraintes au silence par crainte de représailles. Quant aux manifestations de l’Opposition, elles sont violemment réprimées par la police, en collaboration avec la milice d’un parti politique appelée ‘Force du progrès’. »
Pour les évêques congolais, il n’y a « ni nécessité, ni urgence, ni opportunité à changer la Constitution ». La priorité nationale, soulignent-ils, « est la paix, le bien-être social du peuple, l’unité et la cohésion nationale ».
Les évêques accusés de subversion
En réaction, la plateforme de l’Union sacrée pour la Nation (USN), une coalition de 400 partis et mouvements politiques soutenant le président Tshisekedi, s’est dite « indignée » et a condamné « avec la dernière énergie » la déclaration des évêques. Pour elle, ce texte « n’est rien d’autre qu’un acte de subversion dirigé contre les institutions légitimes et démocratiquement établies ».
Dans un communiqué publié sur leur site, les partisans du chef de l’État déclarent : « il est regrettable de constater que les évêques utilisent dans leur diatribe plusieurs propos incitant manifestement au soulèvement populaire et au renversement de l’ordre constitutionnel ».
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