Mali : Bamako durcit sa politique avec la déchéance de nationalité pour les binationaux

Le gouvernement malien en pleine transition a marqué un tournant décisif dans sa politique de fermeté. Lors d’une séance récente du Conseil des ministres, les membres de l’exécutif ont validé un projet d’ordonnance visant à modifier en profondeur le code de la nationalité. Désormais, tout Malien né avec une double nationalité pourrait perdre sa citoyenneté malienne s’il est reconnu coupable d’avoir nui aux intérêts stratégiques du pays.

Jusqu’à présent, la législation malienne ne permettait de retirer la nationalité qu’aux personnes ayant acquis la nationalité par naturalisation. Cette réforme bouleverse donc les règles en s’attaquant directement aux binationaux Maliens de naissance.

Sécurité nationale et crimes spécifiques en ligne de mire

Les nouvelles dispositions introduites par ce texte sont d’une sévérité exceptionnelle. Les autorités disposeront désormais de la possibilité d’engager une procédure de déchéance contre toute personne impliquée, directement ou indirectement, dans des actes menaçant la stabilité du Mali. Cela inclut les liens avec des puissances étrangères hostiles, les mouvements séparatistes, ainsi que le financement, le soutien ou même l’apologie de groupes armés terroristes.

Pour se conformer aux engagements internationaux, le décret précise que la perte de nationalité ne s’appliquera qu’aux individus disposant d’une autre nationalité, afin d’éviter de créer des situations d’apatridie.

Une arme contre l’opposition et les voix dissidentes

Sur le plan politique, cette mesure est perçue comme une réponse ciblée aux opposants au pouvoir en place. Plusieurs figures politiques dont les partis ont été suspendus, ainsi que des journalistes dont les médias ont été restreints, et des membres du Cadre stratégique permanent (CSP) ou d’autres groupes armés critiques envers la transition, résident aujourd’hui en exil. Leurs plateformes, bien que basées à l’étranger, conservent une influence significative au Mali.

Avec cette nouvelle arme juridique, les autorités maliennes cherchent à rompre les liens administratifs et légaux avec ceux qu’elles considèrent comme des obstacles à la refondation nationale.