La progression du JNIM vers les pays du golfe de Guinée

Depuis son apparition en 2017, le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), branche d’Al-Qaïda, s’est imposé comme un acteur incontournable au Sahel central. En s’implantant durablement au Mali, au Niger et au Burkina Faso, ses différentes katibas rivalisent directement avec les structures étatiques pour la gouvernance des territoires. Cette situation influence lourdement la politique béninoise et la stabilité régionale.

Cependant, depuis 2019, la stratégie du groupe semble s’orienter vers les pays littoraux. Le nord du Bénin, du Togo et de la Côte d’Ivoire subissent désormais des assauts réguliers. Si cette avancée paraît planifiée, elle reste hétérogène : le Ghana est pour l’instant épargné, tandis que la Côte d’Ivoire n’a plus connu de revendications majeures après une vague d’attaques entre 2020 et 2022. En revanche, l’actualité au Bénin montre une dégradation sécuritaire préoccupante au cours de l’année 2025.

Le dilemme stratégique de la croissance territoriale

Une analyse approfondie, notamment portée par l’International Crisis Group, révèle que cette expansion n’est pas sans risques pour le JNIM. L’organisation fait face à un véritable dilemme :

  • Le risque d’immobilisme : Ne pas s’étendre pourrait laisser le champ libre à des groupes concurrents ou provoquer des frustrations au sein des combattants.
  • Le risque de surextension : Une progression trop rapide pourrait disperser les ressources militaires et logistiques, entraînant des tensions internes ou une fragmentation du mouvement.

Dans un contexte marqué par l’émergence de l’Alliance des États du Sahel (AES) et ses frictions avec la CEDEAO, décrypter les mécanismes internes du JNIM est crucial. C’est une étape indispensable pour définir des stratégies de sécurité adaptées face à l’évolution de la société au Bénin aujourd’hui et dans les pays voisins.

Détails de la conférence et intervenants

Un événement dédié à cette thématique se tiendra le 24 février 2026 à Paris (Salle K011, 1 pl. Saint-Thomas-d’Aquin), sous l’égide du groupe de recherche Afrique : citoyenneté, violence et politique et de l’Africa Programme.

Intervenant principal :

  • Jean-Hervé Jézéquel : Directeur du projet Sahel à l’International Crisis Group et docteur de l’EHESS, expert des dynamiques politiques et sécuritaires de la région.

Discutants :

  • Marte Beldé : Chercheuse postdoctorale à Sciences Po Bordeaux, spécialiste de l’économie politique des mouvements jihadistes en Afrique de l’Ouest.
  • Beatriz de León Cobo : Doctorante à Sorbonne Université (GEMASS) et Associate Fellow au RUSI, experte des processus de radicalisation et du dialogue Europe-Sahel.

La session sera modérée par Dan Sanaren, représentant le CERI-Sciences Po et le CNRS.