Depuis son départ de la Primature, le discours d’Ousmane Sonko a connu une transformation notable. Plus pondéré, plus nuancé et moins combatif, le leader de Pastef semble adopter une posture d’homme d’apaisement, cherchant à effacer son image de fervent opposant.
« Pastef a atteint sa maturité. » C’est ce qu’Ousmane Sonko a déclaré récemment à Diamniadio, lors du congrès de son parti. Il y a exhorté ses militants, souvent perçus comme virulents, à modérer leur comportement dans l’espace public. « Nous devons réévaluer notre manière de nous exprimer, car nous sommes observés par tous, y compris les autorités religieuses et les chefs de famille… Les railleries, les injures et les attaques verbales ne nous honorent pas », avait-il insisté devant une assemblée entièrement acquise à sa cause. Conscient de la nécessité de montrer l’exemple, l’ancien Premier ministre a, ces derniers temps, affiché une plus grande retenue dans ses prises de parole publiques. Un commentateur politique s’interroge d’ailleurs : « L’entretien accordé par Ousmane Sonko aux médias internationaux marque-t-il le début d’une métamorphose ? »
Selon cet observateur, l’ex-Premier ministre n’a pas seulement fait le bilan de son action ou évoqué sa rupture avec le président Bassirou Diomaye Faye. « Il a surtout esquissé les contours d’une nouvelle figure politique. Un homme qui envisage désormais d’exercer le pouvoir différemment, depuis la tribune de l’Assemblée nationale, en transformant une éventuelle destitution en un nouveau tremplin », analyse-t-il.
Habituellement très offensif, Ousmane Sonko a significativement adouci son discours depuis qu’il a quitté l’Exécutif. Un analyste se pose ces questions : « L’homme des grands rassemblements est-il en train de devenir l’homme des compromis ? Le tribun se mue-t-il progressivement en arbitre ? Cette mutation relève-t-elle d’une maturation politique ou d’une simple stratégie en vue de 2029 ? » Les réponses, comme souvent, se trouvent dans l’avenir.
Une certitude demeure : le leader de Pastef n’a jamais été un modèle de constance et de cohérence dans son discours. Il est capable de soutenir une position le matin et de la contredire le soir, en fonction de l’objectif de son intervention et de l’auditoire. Récemment, face à des journalistes, il s’est montré particulièrement posé et mesuré, pesant soigneusement chacun de ses mots. Alors qu’il était auparavant très catégorique sur des sujets comme la restructuration, il a cette fois-ci fait preuve de beaucoup plus de nuances. Interrogé sur sa position si l’Exécutif décidait de restructurer la dette, il a répondu : « Nos positions ne sont pas figées dans l’absolu. Nous examinerons la situation avec lucidité. »
Les contradictions et nuances dans le discours
L’essentiel, selon lui, réside dans la nature des propositions. « Nous n’avons jamais souhaité une restructuration sauvage. En tant que Premier ministre, je m’y suis toujours opposé car les conditions ne le justifiaient pas… En tant qu’ancien Premier ministre, je suis conscient que nous traversons une période de tensions particulières. Nous évaluerons la situation, notre rôle n’est pas d’entraver. Mais si les solutions ne servent pas l’intérêt du Sénégal, nous ne les accepterons pas », a-t-il ajouté. Lorsque la journaliste lui a rappelé ses précédentes déclarations où il appelait à l’annulation de la dette, Sonko a d’abord reculé, avant de s’embrouiller dans ses explications. « Vous évoquez la dette odieuse. Je l’ai utilisée une ou deux fois. »
Il a ensuite poursuivi de manière plus confuse : « Je ne disposais pas de tous les leviers. Quand je m’exprimais à certaines occasions, c’était en tant que chef de parti, donnant mon opinion. N’oubliez pas non plus que je n’étais qu’un simple Premier ministre, et les pouvoirs du Premier ministre sont extrêmement limités dans ce pays. » À la question de savoir s’il en avait discuté avec le Président, il a rétorqué : « Nous n’en avons jamais discuté. Nous avons toujours été en phase sur la question de la dette. Jusqu’à notre dernière discussion, il a réaffirmé que la position n’avait pas changé. » Puis, il est revenu sur ses pas, comme pour réaffirmer sa position sur la dette odieuse.
« Cette dette est effectivement, pour partie, odieuse. Il faut du courage politique pour porter ce débat. En tant qu’homme politique, je l’ai dit à plusieurs reprises. J’espère que l’Exécutif actuel prendra ses responsabilités pour aller dans ce sens et discuter de l’annulation d’une partie de la dette… » La journaliste l’a alors interrompu pour lui demander pourquoi il n’avait pas agi en ce sens lorsqu’il était Premier ministre. Sonko a répondu de manière laconique et peu convaincante : « Cela a été proposé, cela a été proposé. » Il est important de noter que la dernière fois qu’Ousmane Sonko a évoqué la dette odieuse, c’était le 22 mai dernier, lors de son passage devant l’Assemblée nationale pour les questions d’actualité. Il y intervenait donc en tant que Premier ministre et non en tant que chef de parti.
De plus, pour une des rares fois, le leader de Pastef a parlé de « restructuration sauvage », alors qu’il s’était auparavant limité à rejeter catégoriquement toute idée de restructuration. Qu’est-ce qui a donc changé ? Le leader politique est-il en train de masquer son jeu ? La question mérite d’être posée. Sur le sujet de l’homosexualité, Ousmane Sonko s’est montré beaucoup plus précis. Il a assumé ses positions, tout en rappelant des faits qu’il semblait parfois oublier. L’ancien Premier ministre a rappelé que l’incrimination de l’homosexualité existait depuis le régime de Senghor, et qu’il y avait eu, avant Pastef, des arrestations… Mais, plus encore, Ousmane Sonko s’est justifié avec des arguments qui semblent contredire sa communication antérieure. Répondant aux questions des journalistes, il a déclaré : « Les arrestations sont intervenues avant le vote de la loi de durcissement. Elles sont parties de deux éléments : la pratique de l’homosexualité associée à la transmission volontaire du VIH. La presse occidentale semble vouloir occulter ce second aspect, qui est pourtant crucial. » Cependant, il y a quelques jours à l’Hémicycle, il relatait des échanges avec un de ses ministres où il semblait assumer pleinement la répression. « L’autre jour, j’ai discuté avec un de mes ministres. Il disait : oui, l’objectif est de briser la chaîne de transmission du VIH. Je lui ai répondu non. L’objectif principal est de mettre un terme à la prolifération du phénomène », avait-il alors fulminé. Ces propos avaient d’ailleurs été largement repris par ses adversaires politiques.
L’apôtre de la paix
Sur un autre plan, concernant le président de la République Bassirou Diomaye Faye, le leader de Pastef évite les déclarations incendiaires, comme c’est le cas depuis un certain temps. Il récuse même le mot « trahison », estimant qu’il relève du domaine de l’affect et de la morale. Sonko souhaite désormais incarner le « politiquement correct ». Il ne perçoit pas non plus de querelle entre lui et le chef de l’État, mais plutôt de simples divergences politiques, selon ses dires.
Ce changement de cap et de stratégie de communication avait déjà été amorcé par Ousmane Sonko à Diamniadio. Pour lui, Pastef, désormais un parti mature, doit être exemplaire à tous égards. « Pastef est un parti d’idées, un parti de science, un parti de programme… Montrez que vous êtes une jeunesse bien formée, une jeunesse intellectuelle, une jeunesse intelligente, une jeunesse citoyenne. Ne cédez pas à la provocation. La seule stratégie qui leur reste, c’est de faire en sorte que ce qui s’est passé entre 2021 et 2024 se reproduise… » Selon Ousmane Sonko, le camp adverse, manquant de légitimité, cherche uniquement à les pousser dans la rue pour ensuite les dépeindre comme un parti belliqueux, un parti de conflit… « Ne tombez pas dans ce piège », avait-il averti.
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