Le Sénégal éveille les jeunes esprits à la biodiversité marine par les chants des baleines

Oliver Adam (a droite) et le pêcheur-plongeur Babacar Sy animent une séance de sensibilisation au langage des baleines en classe de cm2 à l’école Alieu Samb de Ngor, à Dakar.

Au cœur de Dakar, une initiative novatrice utilise les fascinants chants des baleines pour éveiller la conscience des jeunes générations à la protection de l’environnement au Sénégal. L’association Germes d’Écocitoyens à travers les sciences et les traditions dans les univers d’apprentissage (Gestu) a récemment organisé trois ateliers éducatifs dans des écoles primaires de la capitale sénégalaise. Ces sessions spéciales ont été animées par Olivier Adam, professeur et éminent spécialiste des cétacés. Nous nous sommes rendus à l’école primaire Alieu Samb, située dans le quartier de Ngor à Dakar, pour assister à l’une de ces immersions dans le monde sonore des baleines.

Le professeur Olivier Adam (à droite) et le pêcheur-plongeur Babacar Sy dirigent un atelier captivant sur le langage des baleines pour une classe de CM2 à l’école Alieu Samb de Ngor, à Dakar.

Dans cette classe de CM2, une trentaine d’élèves, captivés, écoutent attentivement l’enregistrement d’une baleine à bosse. Ces sons marins ont été recueillis au large de Ouakam, près de Dakar, lors de missions en 2018 et 2022.

« Ces mélodies, ces sonorités que vous entendez, sont celles des baleines à bosse, des créatures qui fréquentent les eaux de Dakar pour y donner naissance. Leurs petits sont en quelque sorte des habitants de Dakar », explique Olivier Adam, professeur à la Sorbonne.

Pour le professeur Adam, expert en bioacoustique des cétacés, l’importance de faire comprendre que les baleines possèdent un langage est capitale. « J’ai été le premier étonné, lors de mes enregistrements, de constater que ces animaux produisaient des sons intentionnels et structurés, formant une véritable communication », révèle le spécialiste, venu de Paris pour cette rencontre avec les jeunes. « Il est primordial que les enfants soient informés de cela. Pour appréhender pleinement nos océans, il est essentiel de connaître les espèces qui y vivent. »

Les jeunes participants, remplis de curiosité, n’ont pas hésité à poser une multitude de questions : « Combien d’estomacs a une baleine ? », « Combien de types de baleines existent-ils ? », « Comment une baleine met-elle bas ? », « De quoi se nourrit-elle ? ».

Fanta, 12 ans, confie avoir été particulièrement marquée par « leurs chants et leur manière de s’exprimer ».

Thierry, l’enseignant de cette classe de CM2 à l’école Alieu Samb de Ngor, un quartier de Dakar, souligne l’importance capitale de cette éducation au monde marin. Il partage sa propre prise de conscience : « Sans ces informations, on ne peut pas réaliser, par exemple, ce que je viens de découvrir : qu’une baleine ne donne naissance qu’à un seul petit à la fois. Cela signifie que c’est une espèce qui, si nous ne la protégeons pas, risque de s’éteindre. »

Babacar Sy, pêcheur-plongeur expérimenté depuis plus de trois décennies et initiateur des enregistrements de baleines à Dakar, a également participé à l’animation de l’atelier. Il insiste sur la nécessité urgente de combattre l’ignorance, constatant lui-même la raréfaction des prises de poisson. « J’ai eu le privilège de connaître la nature dans son état originel et de la voir se transformer de manière drastique. L’année dernière, je n’ai capturé que cinq thiofs sur l’ensemble de l’année. Si cette tendance se poursuit, nos enfants nous interrogeront un jour sur ce qu’était le thiof, car il aura disparu », alerte le pêcheur. « Nous nous dirigeons vers un point de non-retour. Il est grand temps que les consciences s’éveillent ! »

En plus de l’école Alieu Samb, deux autres établissements scolaires de Dakar ont bénéficié des interventions d’Olivier Adam et de ses captivants enregistrements de baleines. Parallèlement, l’association Gestu organise des journées de sensibilisation dédiées à la collecte des déchets, œuvrant ainsi à un changement profond des mentalités pour une meilleure protection de l’environnement au Sénégal.