Le quatrième recensement de la population au Cameroun connaît actuellement une période agitée. Prévue initialement pour se conclure le 29 mai, cette vaste enquête démographique et immobilière a été étendue de soixante jours, suite à un arrêté du Premier ministre, Joseph Dion Ngute. Loin de calmer les esprits, cette prolongation a intensifié les reproches émanant de la société civile, qui dénonce une gestion déficiente pour une initiative statistique pourtant essentielle à l’élaboration des politiques nationales.
Philippe Nanga, qui dirige l’organisation non gouvernementale Un Monde Avenir, a exprimé sans détour son désaccord. Il a qualifié la situation de « cacophonie générale » entourant ce processus, qu’il considère comme primordial pour la planification du pays. Ce représentant de la société civile a mis en lumière un exemple frappant des lacunes logistiques : dans la métropole économique de Douala, plusieurs agents chargés du dénombrement ont cessé leurs activités après seulement dix jours sur le terrain, n’ayant reçu aucune rétribution pour leur travail.
Une opération statistique stratégique sous tension
Pour toute nation, un recensement représente le fondement de l’action gouvernementale. Il est primordial pour l’établissement des circonscriptions électorales, la répartition des fonds budgétaires aux administrations locales, la planification des infrastructures éducatives et de santé, ainsi que la fiabilité des prévisions macroéconomiques. Le Cameroun, qui n’a pas conduit d’opération de ce type depuis 2005, fait face depuis des années à un manque de données démographiques récentes. L’importance de cette quatrième campagne dépasse donc amplement la simple mise à jour numérique.
L’extension de deux mois révèle implicitement l’ampleur des défis rencontrés sur le terrain. Une couverture insuffisante des régions rurales, des délais dans la livraison du matériel et une formation imparfaite de certains enquêteurs sont autant d’embûches qui se sont multipliées depuis le début de l’opération. La grève des agents à Douala met en lumière une vulnérabilité plus profonde, celle du système de rémunération et de la gestion des effectifs mobilisés pour une initiative d’une telle envergure.
La société civile en vigie d’un processus capital
Philippe Nanga représente, avec Un Monde Avenir, cette catégorie d’organisations civiques camerounaises qui surveillent attentivement les grands processus institutionnels. Sa déclaration publique ne cherche pas tant à discréditer l’initiative qu’à réclamer une reddition de comptes sur sa mise en œuvre. Au-delà de la critique, une question fondamentale se pose : les données recueillies dans ces circonstances seront-elles statistiquement crédibles et politiquement irréfutables ? Cette interrogation est d’autant plus pertinente dans un pays où les controverses concernant les chiffres officiels, qu’ils soient démographiques ou électoraux, sont fréquentes.
L’extension accordée par les services du Premier ministre offre, en théorie, une opportunité de corriger le tir. Cependant, la disponibilité des ressources financières est cruciale. Les organisations non gouvernementales qui suivent l’opération craignent qu’une exécution précipitée ne produise, en fin de compte, qu’une image incomplète de la population camerounaise. Par ailleurs, les partenaires internationaux, tels que la Banque mondiale ou le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), qui soutiennent habituellement ces démarches en Afrique, examinent avec une grande attention la rigueur méthodologique des recensements nationaux.
Un signal fort adressé aux autorités
Au-delà de la situation spécifique au Cameroun, cette discussion met en lumière un enjeu partagé par plusieurs nations d’Afrique francophone : la difficulté d’organiser des recensements complets dans des environnements caractérisés par des budgets restreints, des zones géographiques complexes d’accès et des défis sécuritaires dans certaines régions. Le précédent recensement camerounais de 2005 avait lui-même été marqué par de multiples reports avant la diffusion de ses conclusions finales en 2010. Vingt ans plus tard, le pays éprouve toujours des difficultés à intégrer ses opérations statistiques dans des échéanciers réalistes.
Néanmoins, l’intervention de Philippe Nanga pourrait avoir un impact significatif sur le débat public au fur et à mesure que le temps additionnel s’écoule. Les pouvoirs publics sont attendus sur la clarté du dispositif, le paiement des arriérés des agents de terrain et la diffusion des données provisoires. Sans ces mesures, ce quatrième recensement pourrait être davantage retenu dans les annales administratives camerounaises pour ses défaillances que pour ses contributions scientifiques.
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