Le Burkina Faso doit abandonner la démocratie, déclare le chef de la junte

Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de l’État du Burkina Faso depuis le coup d’État de 2023, a clairement indiqué lors d’une interview télévisée que la démocratie n’était pas adaptée à son pays. « Les Burkinabè doivent oublier la démocratie. Ce système ne nous convient pas », a-t-il affirmé avec conviction.
Dans cette allocution diffusée sur les ondes de la télévision nationale, le dirigeant militaire a justifié son rejet du modèle démocratique en invoquant des exemples régionaux, notamment la situation chaotique en Libye après la chute de Mouammar Kadhafi. Selon lui, les interventions occidentales en faveur de la démocratie s’accompagnent systématiquement de violences et de divisions.
Traoré a également annoncé la dissolution de tous les partis politiques au Burkina Faso, les qualifiant de structures « sources de divisions » et incompatibles avec sa vision révolutionnaire. « Un vrai homme politique en Afrique, et particulièrement au Burkina Faso, incarne tous les vices : mensonge, flatterie et démagogie », a-t-il déclaré.
Un nouveau système politique en construction
Le chef de la junte a révélé que son gouvernement travaille à l’élaboration d’un modèle alternatif, fondé sur la souveraineté nationale, le patriotisme et la mobilisation populaire. « Nous ne copions aucun autre système. Nous voulons tout réinventer », a-t-il expliqué. Ce projet s’appuierait sur les autorités traditionnelles et les structures locales pour assurer une gouvernance plus directe.
Sur le plan économique et social, Traoré a insisté sur la nécessité d’une autonomie totale, tant militaire qu’économique. Il a critiqué les horaires de travail traditionnels, estimant que des journées de six à huit heures ne suffiraient pas à combler le retard du Burkina Faso face aux nations plus développées. « Nous devons travailler plus dur, sans compter nos heures », a-t-il martelé.
Répression de l’opposition et soutien populaire
Depuis son arrivée au pouvoir, le régime a muselé l’opposition, les médias indépendants et la société civile. Des détracteurs du gouvernement ont été envoyés en première ligne des combats contre les groupes islamistes, suscitant de vives critiques de la part des organisations de défense des droits humains.
Pourtant, Traoré bénéficie d’un soutien croissant en Afrique, notamment pour son discours panafricaniste et sa dénonciation de l’influence occidentale. Son positionnement s’aligne sur ceux des juntes du Mali et du Niger, qui ont également rompu leurs collaborations avec la France et l’Europe dans la lutte antiterroriste.
Ces trois pays ont choisi de se tourner vers la Russie pour obtenir un appui militaire, sans que cela n’ait permis de réduire significativement les violences dans la région. Les attaques des groupes djihadistes persistent, plongeant la zone dans une insécurité chronique.
Bilan humain alarmant sous le régime Traoré
Un récent rapport de l’ONG Human Rights Watch révèle que plus de 1 800 civils ont perdu la vie au Burkina Faso depuis le putsch de 2023. Les deux tiers de ces victimes seraient imputables aux forces armées et aux milices pro-gouvernementales, le reste étant attribué aux groupes armés islamistes.
Cette déclaration du capitaine Traoré marque une rupture radicale avec les engagements initiaux de son régime, qui promettait un retour à l’ordre constitutionnel d’ici juillet 2024. En janvier 2026, la junte a finalement annoncé un report de cinq ans de la transition démocratique, prolongeant ainsi son mandat jusqu’en 2031.
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