Le Burkina Faso abandonne-t-il la démocratie sous Ibrahim Traoré ?

le Burkina Faso abandonne-t-il la démocratie sous Ibrahim Traoré ?

Le chef de la junte au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, à Ouagadougou le 15 octobre 2022

Le capitaine Ibrahim Traoré, figure centrale de la junte militaire au pouvoir au Burkina Faso, a récemment tenu des propos choc lors d’une intervention télévisée. Selon lui, la démocratie n’est « pas pour nous » et les citoyens doivent « oublier » cette notion. Une déclaration qui suscite de vives interrogations sur l’avenir politique du pays.

Arrivé au pouvoir en septembre 2022 à la suite d’un coup d’État, le capitaine Ibrahim Traoré a consolidé son emprise sur le Burkina Faso en adoptant une charte autorisant son maintien au pouvoir jusqu’en 2029. Cette charte lui permet également de se présenter aux futures élections, pourtant initialement prévues pour 2024.

une charte controversée pour prolonger la transition

La junte militaire a récemment adopté une charte controversée, prolongeant la transition politique de cinq années supplémentaires. Cette décision, prise après la dissolution de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) en octobre 2025 et celle des partis politiques en février 2026, marque un tournant autoritaire dans le pays. Ibrahim Traoré a justifié cette mesure en affirmant que « personne ne parle même d’élections pour l’instant » et que « il faut que les gens oublient la démocratie, car elle n’est pas pour nous ».

Lors d’une interview de plus de deux heures, diffusée sur la RTB (radiotélévision nationale), le chef de la junte a réitéré son rejet des principes démocratiques. Il a également évoqué le cas de son prédécesseur, l’ex-lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, actuellement en détention au Togo avant son extradition vers le Burkina Faso. Ce dernier est accusé de corruption et de tentatives de coup d’État.

un régime de plus en plus hostile à l’opposition et aux médias

Depuis son arrivée au pouvoir, le régime de Ibrahim Traoré a multiplié les mesures restrictives. Plusieurs médias internationaux ont été suspendus ou interdits, et certains journalistes expulsés. Le capitaine Traoré a également nié les accusations portées par des ONG concernant les violences commises par l’armée burkinabè et ses supplétifs, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), sur des civils. « Il n’y a pas de preuves », a-t-il déclaré.

Concernant les relations internationales, Ibrahim Traoré a confirmé l’alliance du Burkina Faso avec la Russie, précisant que cette dernière fournissait des équipements militaires sans pour autant former directement les soldats burkinabè. « Sur le terrain, ce sont les soldats burkinabè qui se battent », a-t-il souligné.

Le Burkina Faso fait face depuis près de dix ans à une insécurité croissante due aux violences jihadistes, qui ont déjà causé plusieurs milliers de morts. Dans ce contexte, les déclarations de Ibrahim Traoré sur l’abandon de la démocratie et la suppression des partis politiques inquiètent la communauté internationale et les défenseurs des droits humains.

  • une transition politique prolongée : la charte adoptée par la junte permet à Ibrahim Traoré de rester au pouvoir jusqu’en 2029 et de se présenter aux élections.
  • des mesures autoritaires : dissolution de la Commission électorale et des partis politiques, restriction des médias internationaux.
  • un contexte sécuritaire toujours tendu : le pays lutte contre les violences jihadistes depuis près de dix ans.
  • une alliance stratégique avec la Russie : fourniture d’équipements militaires sans formation directe des troupes.

quelles conséquences pour le Burkina Faso et ses habitants ?

Les déclarations de Ibrahim Traoré et les mesures prises par la junte soulèvent des questions majeures sur l’avenir du Burkina Faso. L’abandon de la démocratie et la suppression des partis politiques pourraient aggraver les tensions internes et isoler davantage le pays sur la scène internationale. Par ailleurs, la lutte contre le terrorisme risque de s’intensifier dans un contexte où l’armée est de plus en plus critiquée pour ses exactions présumées.

Dans un pays déjà fragilisé par une décennie de violences, ces décisions politiques pourraient avoir des répercussions profondes sur la stabilité et la cohésion sociale. Les Burkinabè sont désormais confrontés à un dilemme : accepter cette dérive autoritaire ou résister face à un régime qui semble décidé à étouffer toute opposition.