Dans une tribune personnelle, le journaliste camerounais installé en Italie livre une analyse cinglante du tribalisme au Cameroun.
Voici sa réflexion :
Récits de tribalisme – Cameroun #1
J’ai entrepris de relater des faits vécus où le tribalisme se manifeste parfois là où on ne l’attend guère, camouflé sous des dehors d’intellectualisme et de privilèges. Laissez-moi vous partager une histoire qui révèle la grande supercherie de notre société.
Récemment, je discutais avec une « amie » originaire du Grand Nord. Diplômée de l’ESSTIC et de l’IRIC, deux institutions réputées dont tout le monde connaît les mécanismes d’accès au Cameroun, fille d’un cadre des douanes (un secteur hautement favorisé). Elle n’est pas la personne la plus brillante du pays, et pourtant elle a obtenu ces deux concours que des titulaires de doctorat ratent chaque année. Dans ma propre famille, depuis l’indépendance, personne n’a jamais eu la chance d’intégrer une de ces écoles.
Cependant, au détour d’une discussion, elle a sorti le discours habituel : « Le pays est difficile, sauf pour les Betis qui contrôlent tout et qui ne réussissent qu’entre eux. » Le cynisme a atteint son comble lorsqu’elle a ajouté que si je vis en exil depuis vingt ans, c’est par « orgueil ». Selon elle, il m’aurait suffi de « demander pardon » à mes frères Betis pour être « bien » au Cameroun.
« Demander pardon pour quel crime ? Quelle faute ? », lui ai-je demandé.
Quand notre frère Beti, Martinez Zogo, suppliait ses bourreaux (financés par des élites de toutes origines), ont-ils eu de la compassion ? Dans l’équipe qui l’a lâchement assassiné, y avait-il une seule ethnie ? Non. Le crime et la corruption n’ont pas de tribu.
Lui rappeler qu’elle a bénéficié de ce système bien plus que la majorité des jeunes Betis ou d’autres régions n’a rien changé. En une phrase, elle a banalisé vingt années d’exil, de souffrance, de solitude et de luttes avec une légèreté insultante.
Ma réaction a été radicale : je l’ai bloquée. Je n’ai aucune tolérance pour les tribalistes, surtout les plus nantis.
Mettez-vous bien cela dans la tête :
Au Cameroun, il n’existe en réalité que deux ethnies :
- Ceux qui détiennent les clés du système : qui placent leurs enfants à l’IRIC, à l’ESSTIC, à l’ENAM ou à l’EMIA par l’entremise des élites.
- Nous autres : Enfants des mamans débrouillardes, faiseuses de champs, qui avons dû vendre de l’eau non glacée à la sauvette pour survivre.
Le vrai clivage n’est pas régional, il est social. Ne vous laissez plus distraire par ceux qui profitent du système tout en pleurant la marginalisation.
Je me suis débarrassé d’elle, car le tribalisme des privilégiés est le plus dangereux de tous.
Jean Claude Mbede Fouda
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