Les acteurs économiques de l’Hexagone occupent désormais une position résiduelle au sein des chantiers d’envergure au Sénégal. Alors que les groupes français captaient autrefois une part prépondérante des investissements, ils ne représenteraient plus qu’environ 5 % des marchés publics, contre plus de 30 % pour les entreprises chinoises, devenues incontournables dans le paysage infrastructurel du pays.
Au sud de Dakar, la localité de Ndayane voit sortir de terre le tout premier port en eau profonde du pays, un projet colossal dont le coût dépasse les 2 milliards de dollars. Ce hub logistique, conçu pour recevoir les plus imposants porte-conteneurs de l’Atlantique, est perçu comme un levier de transformation radicale pour la connectivité et l’emploi national. Si le pilotage est assuré par la firme émiratie DP World, la réalisation technique a été confiée à un groupement international où les sociétés chinoises font la loi.
Malgré la participation de plusieurs majors européennes aux appels d’offres, la sélection finale a favorisé des propositions plus compétitives. À titre d’exemple, l’offre soumise par un groupement mené par Eiffage affichait un tarif supérieur de 20 % par rapport à la proposition retenue, scellant ainsi l’éviction des intérêts français sur ce dossier stratégique.
Le constat est identique à Diamniadio, la cité satellite destinée à désengorger la capitale. Dans cette ville nouvelle, ce sont les entreprises turques qui ont raflé la mise pour la construction du stade, de la gare ferroviaire et du parc hôtelier. Quant à la plateforme industrielle locale, elle accueille majoritairement des entités chinoises et tunisiennes, tandis que la présence française y est devenue quasi inexistante.
L’adaptation de la Chine aux réalités du Sénégal
L’efficacité chinoise repose sur une compréhension fine des besoins locaux. Dans certaines unités de production, comme les usines d’emballages, des experts venus de Chine assurent le transfert de compétences auprès de la main-d’œuvre sénégalaise. Cette souplesse opérationnelle et cette capacité à répondre à des demandes spécifiques séduisent les autorités, qui voient dans ce partenariat une relation « gagnant-gagnant » centrée sur le développement concret des infrastructures.
En l’espace de deux décennies, la Chine a fait du continent africain le pivot de sa stratégie d’expansion économique. Au Sénégal, ce basculement est manifeste : les drapeaux rouges étoilés flottent désormais sur des sites où les entreprises françaises régnaient jadis sans partage dans les secteurs de l’énergie, de la banque et du bâtiment.
La mutation nécessaire des entreprises françaises
Face à cette perte de vitesse, certaines sociétés françaises tentent de réinventer leur modèle pour rester dans la course. C’est le cas du groupe Ragni, une structure familiale basée à Cagnes-sur-Mer, qui a réussi à décrocher un contrat de 70 millions d’euros pour l’installation de 36 000 lampadaires solaires. Ce succès repose sur une stratégie de proximité :
- Création d’une filiale locale au Sénégal.
- Direction confiée à un cadre sénégalais.
- Transfert de technologie et formation sur place.
- Soutien financier de la Banque de Développement française.
Pour les experts de Proparco, l’avenir des groupes français au Sénégal dépendra de leur capacité à se positionner sur des segments à haute valeur ajoutée et à forte exigence technique. Bien que la concurrence des acteurs turcs, émiratis ou chinois soit féroce, la compétitivité française reste un atout sur les marchés complexes, à condition d’intégrer pleinement les enjeux de main-d’œuvre locale et de flexibilité tarifaire.
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