Entre survie et sacrifice : le quotidien des vendeuses de rue au Tchad

L’ascension des femmes dans le commerce de rue tchadien

Dans les centres urbains du Tchad, une réalité frappe le regard : l’omniprésence des femmes dans le commerce informel. Portant sur leurs têtes des bassines chargées de fruits, de beignets ou de textiles, elles naviguent avec agilité entre la circulation et les piétons. Sous un soleil de plomb, leurs voix s’élèvent pour attirer les clients dans les artères bondées de N’Djamena, Moundou ou Abéché.

Tchad : l’essor des vendeuses ambulantes et la détresse silencieuse des enfants

Aïcha, une trentenaire courageuse, parcourt les rues depuis l’aube avec sa petite dernière attachée au dos. En vendant ses arachides grillées, elle exprime une volonté farouche de prendre son destin en main. Non loin de là, Fanta s’active devant son foyer de fortune pour frire des galettes, tandis que son fils de cinq ans joue dans la poussière, loin des bancs de l’école. Ce basculement vers l’espace public marque une rupture avec les traditions qui confinaient autrefois ces femmes au foyer, révélant un besoin vital d’indépendance financière.

Le lourd tribut payé par l’enfance

Cependant, cette quête de survie a un revers sombre pour la progéniture. Ces enfants, témoins malgré eux de la rudesse du bitume, subissent les émanations des braseros et la fatigue des longues journées d’errance. À Abéché, il n’est pas rare de croiser des garçonnets de sept ans transportant de lourdes charges d’eau pendant que leurs mères négocient le prix des denrées. Pour ces petits, l’éducation devient un horizon lointain, sacrifiée sur l’autel de la nécessité immédiate. Si ces mères se redressent et s’émancipent par le travail, l’avenir de leurs enfants, entraînés dans ce cycle de précarité, demeure une préoccupation majeure.