Disparitions forcées au Burkina Faso : défenseurs des droits humains enlevés

Disparitions forcées au Burkina Faso : deux militants du mouvement « Balai citoyen » portés disparus

© Balai citoyen

Le 2 mai 2025, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains a lancé un appel urgent concernant la disparition forcée de deux figures engagées du Burkina Faso : Amadou Sawadogo et Miphal Ousmane Lankoandé, tous deux membres actifs du mouvement citoyen « Balai citoyen ». Ces enlèvements s’inscrivent dans une vague de répression croissante contre les défenseurs des droits humains et les journalistes dans le pays.

Contexte des enlèvements : deux militants ciblés pour leurs engagements

Amadou Sawadogo, cadre du mouvement « Balai citoyen » dans la région du Centre, a été convoqué à deux reprises par le service régional de la sûreté de l’État à Ouagadougou. Lors de sa première convocation le 20 mars 2025, il a été interrogé sur ses critiques publiées sur Facebook et contraint de révéler les domiciles de deux autres militants désormais en clandestinité. Le lendemain, après une seconde convocation, il a disparu sans laisser de trace. Aucune explication n’a été fournie par les autorités, et sa localisation reste inconnue à ce jour.

Miphal Ousmane Lankoandé, sociologue et secrétaire exécutif du même mouvement, a été enlevé le 30 mars 2025 vers 11h45 devant son domicile dans le quartier Karpala à Ouagadougou. Des hommes armés se présentant comme des gendarmes l’ont intercepté alors qu’il revenait de Cotonou, où il participait à une formation sur l’activisme organisée par la Fondation pour l’innovation démocratique. Malgré les démarches répétées de ses avocats auprès des institutions publiques, aucune information n’a été communiquée sur son sort ou sa localisation.

À ce jour, le destin d’Amadou Sawadogo et Miphal Ousmane Lankoandé reste un mystère, et leurs familles ainsi que leurs proches sont sans nouvelles.

Une répression systématique contre la société civile

Ces disparitions forcées s’ajoutent à une série d’arrestations arbitraires et d’enlèvements ciblant les défenseurs des droits humains et les journalistes au Burkina Faso. Plusieurs membres du mouvement « Balai citoyen » ont déjà été victimes de telles pratiques :

  • Me Guy Hervé Kam, avocat et cofondateur du mouvement, a été arrêté à l’aéroport international de Ouagadougou en janvier 2024, en violation des règles de l’UEMOA. Il est actuellement détenu arbitrairement pour « complot et association de malfaiteurs ».
  • Rasmané Zinaba et Bassirou Badjo ont été enrôlés de force dans l’armée burkinabè en février 2024 malgré une décision de justice suspendant leur réquisition.

Les journalistes font également les frais de cette répression : Guezouma Sanogo (président de l’Association des journalistes du Burkina Faso), Boukary Ouoba (vice-président), Luc Pagbeguem (BF1), Kalifara Sere, Serges Oulon et Bayala Adama ont tous été enlevés et restent portés disparus depuis leur enlèvement entre juin 2024 et mars 2025.

Un climat de terreur renforcé par des décrets controversés

La situation s’est aggravée avec l’adoption de deux décrets en 2022 et 2023 par le président de la Transition, autorisant la réquisition de toute personne âgée de plus de 18 ans jugée physiquement apte. Ces décrets sont utilisés de manière discriminatoire pour enrôler de force les opposants et les défenseurs des droits humains, les intégrant comme supplétifs de l’armée. Selon le rapport de l’Observatoire publié en février 2025, une dizaine de défenseurs ont déjà reçu des ordres de réquisition. Le Comité des Nations unies contre les disparitions forcées a exprimé sa préoccupation face à ces pratiques, les qualifiant de « susceptibles de constituer des disparitions forcées ».

Le rapport souligne également que la répression au Burkina Faso a atteint un niveau alarmant, avec une auto-censure généralisée dans les médias indépendants en raison d’une pression accrue des autorités pour un « traitement patriotique de l’information ».

Appel à l’action : exigez la libération immédiate des militants disparus

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains exhorte la communauté internationale à intervenir d’urgence pour exiger :

  1. La garantie de l’intégrité physique et psychologique d’Amadou Sawadogo et Miphal Ousmane Lankoandé, ainsi que de tous les défenseurs des droits humains au Burkina Faso.
  2. La révélation immédiate du sort et de la localisation des deux militants, leur accès à leurs familles et leur libération sans condition.
  3. La fin des disparitions forcées et de l’enrôlement forcé des défenseurs des droits humains et des journalistes.
  4. L’arrêt de tout harcèlement judiciaire à leur encontre et la garantie de la liberté d’expression et d’association, conformément aux Articles 19 et 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ainsi qu’aux Articles 9 et 10 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.

Adresses pour écrire aux autorités

Envoyez vos lettres ou messages aux responsables suivants pour exiger justice :

N’hésitez pas à contacter également les représentations diplomatiques du Burkina Faso dans votre pays.

Pour informer l’Observatoire de vos actions, utilisez le code de cet appel.

Comment soutenir la cause ?

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, partenariat entre la FIDH et l’OMCT, est un acteur clé dans la protection des défenseurs des droits humains. Pour signaler des cas d’urgence ou obtenir plus d’informations :

  • Ligne d’urgence : [email protected]
  • Téléphone : +33 1 43 55 25 18 (FIDH) / +41 22 809 49 39 (OMCT)

Vous pouvez également consulter le rapport de l’Observatoire, « Espace civique et défenseur·es des droits humains au Sahel : convergence régionale des pratiques de répression », pour mieux comprendre l’ampleur de la crise au Burkina Faso.

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