Dette publique au Gabon : l’audit replace le pays sous le plafond Cémac

Le Gabon dispose maintenant d’une évaluation beaucoup plus fiable du poids réel de sa dette publique. L’audit lancé par l’État, dont les conclusions ont été arrêtées au 31 décembre 2025, établit le stock consolidé à 9 524,643 milliards de FCFA. Lorsque les travaux ont débuté, les estimations avoisinaient 11 700 milliards de FCFA.

Effet immédiat de cette correction : le taux d’endettement ressort à 68,91 % du produit intérieur brut (PIB), contre 84,6 % retenus jusque-là. Soit un écart de 15,69 points qui ramène le pays sous le plafond communautaire de 70 % imposé par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cémac).

Comment le comité d’audit a travaillé

Les opérations ont été officiellement lancées le 17 juin 2026 et confiées au comité institué par l’arrêté n°077/MEFDPLVC du 27 avril 2026. Sa feuille de route consistait à recenser, contrôler et consolider l’ensemble des engagements financiers de l’État, en particulier les passifs exigibles.

La démarche s’appuie sur les référentiels du Fonds monétaire international (FMI), avec notamment le Manuel de statistiques de finances publiques de 2014 et le Guide des statistiques de la dette du secteur public. Le ratio de 68,91 % découle d’une première estimation du PIB nominal de 2025, évalué à 13 822 milliards de FCFA.

Près de 2 175 milliards de FCFA sortis du périmètre de référence

L’écart avec la situation initiale est frappant. Environ 2 175 milliards de FCFA ne figurent plus dans le stock consolidé servant de base de calcul. Attention toutefois : il ne s’agit aucunement d’un remboursement, mais bien d’une clarification des engagements réellement conservés dans la dette publique.

  • des projets budgétés mais jamais exécutés ;
  • des fonds qui n’ont pas été reversés au Trésor ;
  • des engagements autrefois comptabilisés à tort comme passifs de l’État.

Résultat : la photographie de la dette gagne en précision et la trajectoire budgétaire devient plus lisible.

Un argument de poids face au FMI

Cette remise à plat tombe à un moment charnière. En mars 2026, Libreville a en effet sollicité un nouveau programme économique et financier auprès du FMI. Le rapport d’audit a été transmis à l’institution, qui devrait s’en servir de document de référence dans les discussions à venir.

En faisant passer son ratio de 84,6 % à 68,91 % du PIB, le Gabon redresse le profil de ses finances publiques et se replace dans les critères communautaires. Le gain le plus concret demeure le retour de la confiance, à condition que les dépenses restent maîtrisées et que les arriérés soient intégralement apurés.

Ce que cette baisse ne veut pas dire

Le mérite du gouvernement actuel est d’avoir accepté d’ouvrir ce chantier de transparence sur une situation financière lourde héritée du pouvoir déchu. Pour autant, l’amélioration affichée ne doit pas être interprétée comme l’effacement de 2 175 milliards de FCFA de dette.

Elle fournit plutôt un socle plus solide pour piloter les finances publiques, mener les négociations avec le FMI et préparer une véritable stratégie de désendettement.

Avec 9 524,643 milliards de FCFA « juste » à gérer, la pression retombe quelque peu sur l’État gabonais.