Les décisions prises à New York les 21 et 22 septembre 2026 par le ministre ivoirien du Plan et du Développement, Dr Souleymane Diarrassouba, pourraient bien redessiner le quotidien de millions de citoyens. En marge de deux rencontres de haut niveau organisées par l’UNICEF, la Côte d’Ivoire a exposé une stratégie qui lie directement la gestion de sa dette au financement de l’éducation. Une approche dont les répercussions se mesureront d’abord dans les salles de classe, les centres de santé et les foyers les plus vulnérables.
Un effet domino sur le budget des ménages
La dette d’un État n’est jamais une abstraction comptable. Lorsqu’elle progresse plus vite que les investissements sociaux, ce sont les services publics qui trinquent. L’UNICEF estime que près de 400 millions d’enfants vivent dans des pays où l’endettement croît plus rapidement que les dépenses de santé, d’éducation et de nutrition. En Côte d’Ivoire, le choix inverse a été assumé : orienter les ressources vers le capital humain pour éviter que les familles ne paient le prix des contraintes budgétaires.
Ce que change une dette « à visage humain »
« Une dette à visage humain n’est pas une dette effacée. C’est une dette dont l’affectation, la structure et le coût sont mis au service de la santé, de l’éducation et de la protection des enfants », a déclaré Dr Souleymane Diarrassouba. Concrètement, cela signifie que l’argent emprunté finance des écoles, des centres de santé et des filets de protection sociale au lieu d’être absorbé par le seul service de la dette.
Le mécanisme inédit testé depuis 2025
Pour comprendre l’impact potentiel de cette stratégie, il faut revenir à 2025. Cette année-là, la Côte d’Ivoire a adopté un cadre dédié et conclu un prêt de 433,3 millions d’euros dont les conditions financières évoluent selon les résultats obtenus en matière d’énergies renouvelables et de restauration des forêts. L’opération, garantie conjointement par la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA), constitue le premier prêt souverain lié à la durabilité en Afrique de l’Ouest.
À New York, l’idée d’étendre ce modèle au capital humain a été explorée. Les conditions de l’emprunt seraient alors indexées sur des résultats d’apprentissage mesurés à l’échelle nationale. Un tel dispositif exige des indicateurs fiables et vérifiables, une gestion prudente des risques financiers et une durée d’emprunt alignée sur celle des investissements financés.
Les retombées déjà visibles de l’échange de dette de 2024
L’impact ne relève pas uniquement du futur. En 2024, avec l’appui du Groupe de la Banque mondiale, la Côte d’Ivoire a réalisé une opération d’échange de dette contre des programmes de développement. Près de 400 millions d’euros de dette commerciale ont été refinancés. Ce mécanisme doit dégager environ 330 millions d’euros de ressources budgétaires sur cinq ans, dont une part importante est destinée à l’éducation via les circuits budgétaires nationaux.
Éducation, santé, protection sociale : où va l’argent ?
Ces ressources alimentent directement les priorités du Plan national de développement (PND) 2026-2030, qui accorde une place centrale au capital humain, aux compétences et à l’emploi. Les objectifs fixés concernent la santé maternelle et infantile, la couverture maladie universelle, la protection sociale et l’amélioration de l’indice de capital humain. Autant de domaines où chaque euro réaffecté se traduit par des services concrets pour les populations.
Intelligence artificielle et éducation : un pari sur les résultats
Le 21 septembre, le ministre est intervenu dans le cadre du Learn AI Global Compact, une initiative de l’UNICEF placée sous le thème « Une intelligence artificielle responsable au service de chaque apprenant ». La Côte d’Ivoire y a partagé son expérience de financement lié à la durabilité et sa volonté d’explorer de nouveaux instruments. Le PND 2026-2030 prévoit d’ailleurs une utilisation accrue du numérique et de l’intelligence artificielle, notamment dans l’éducation-formation.
Cette orientation soulève des enjeux de protection des données des enfants et de responsabilité des États et des enseignants dans les choix pédagogiques. La Côte d’Ivoire s’est dite prête à poursuivre les travaux avec l’UNICEF et les partenaires du Learn AI Global Compact sur des indicateurs d’apprentissage vérifiables et un mécanisme de garantie adapté.
Vers une soutenabilité qui protège les générations futures
À travers ces deux interventions, la Côte d’Ivoire a présenté les principes qui guident sa politique de financement du développement : préserver la soutenabilité de la dette, diriger les ressources vers les priorités nationales et tester de nouveaux instruments lorsqu’ils servent les objectifs du PND 2026-2030. L’éducation, la santé, la protection sociale et, plus largement, le développement du capital humain restent au cœur de ces priorités.
Pour les citoyens, l’enjeu est tangible : des classes mieux équipées, des hôpitaux fonctionnels, une protection sociale renforcée. Pour l’économie, il s’agit de bâtir une main-d’œuvre qualifiée et productive. Pour les acteurs du secteur, la question est désormais de savoir si ce modèle pourra être reproduit à plus grande échelle et financer durablement l’avenir des enfants.
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