Répercussions de la traque des imams au Burkina Faso : ce que cela change pour les citoyens et l’économie

Au Burkina Faso, la porosité entre la lutte contre l’extrémisme armé et la répression des libertés religieuses atteint un niveau critique. Sous couvert d’éradiquer la menace terroriste qui déstabilise le pays, le gouvernement de transition dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré déploie une stratégie de contrôle et de répression d’une intensité inédite à l’encontre de la communauté musulmane, pourtant majoritaire. Derrière les déclarations officielles sur la « sécurité nationale », c’est une mise sous tutelle des figures et institutions de l’Islam burkinabè qui se met en place depuis Ouagadougou.

Arrestations, fermetures et mise au pas : les conséquences directes pour les fidèles et les écoles coraniques

Depuis plusieurs mois, l’argument sécuritaire justifie la traque de voix religieuses indépendantes. Des imams modérés, des prédicateurs influents et des responsables d’associations musulmanes sont la cible d’interpellations arbitraires, de détentions au secret ou d’incorporations forcées au sein des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Leur tort : avoir critiqué les méthodes de la junte, questionné la gestion de la crise sécuritaire ou simplement appelé au respect des droits civiques.

Dans le même temps, les mosquées et les écoles coraniques des zones à fort enjeu sécuritaire subissent des contrôles drastiques, des fermetures administratives arbitraires ou des accusations systématiques de connivence avec les groupes armés. En étiquetant tout discours religieux non aligné comme « subversif » ou « complice de l’ennemi », le pouvoir instaure un climat de peur au sein d’une communauté historiquement reconnue pour son rôle de médiation et de cohésion sociale.

Un impact économique et social qui pèse sur les citoyens

Les conséquences de cette politique se font sentir bien au-delà des lieux de culte. Les commerçants des quartiers périphériques, qui dépendaient des fidèles pour leur activité, voient leur chiffre d’affaires chuter. Les associations caritatives musulmanes, souvent en première ligne pour l’aide alimentaire et l’éducation, sont paralysées. La fermeture d’écoles coraniques prive des centaines d’enfants d’un accès à l’éducation, dans un contexte où l’État peine déjà à assurer ses propres services. Cette pression accroît le ressentiment et fragilise davantage le tissu économique local.

Instrumentalisation politique et fracture de la cohésion nationale : les risques pour la stabilité

Cette politique de la main de fer poursuit un objectif clair : neutraliser toute force sociale capable d’articuler une contestation structurée face au pouvoir militaire. En ciblant prioritairement les réseaux et figures de l’Islam local, le régime de transition cherche à imposer une pensée unique et à verrouiller l’espace public.

Loin d’affaiblir les groupes djihadistes qui sévissent dans la région, cette offensive brutale contre la pratique religieuse risque de produire l’effet inverse. En stigmatisant la communauté musulmane, en brisant les relais coutumiers et spirituels et en privant les fidèles de figures de référence modérées, le pouvoir nourrit un sentiment d’injustice et d’aliénation. En faisant de la religion un ennemi intérieur sous couvert de souveraineté et de sécurité, Ibrahim Traoré prend le risque majeur d’atomiser le tissu social d’un pays déjà à bout de souffle.

Quelles perspectives pour les citoyens et les acteurs du secteur ?

Pour les citoyens, la perspective d’une sortie de crise s’éloigne à mesure que la répression s’intensifie. Les acteurs économiques locaux redoutent une aggravation de l’insécurité et une contraction de l’activité. Les organisations de la société civile, déjà affaiblies, peinent à se faire entendre. À terme, cette dynamique pourrait non seulement exacerber les tensions intercommunautaires, mais aussi saper les fondements d’un État déjà fragilisé. Les conséquences concrètes se mesurent déjà dans la vie quotidienne : accès réduit aux services sociaux, méfiance accrue envers les institutions et perte de repères pour une jeunesse en quête de sens.