Bénin et Niger : une réouverture historique de la frontière en vue

Le Niger et le Bénin en marche vers la fin d’un long conflit frontalier

Délégation nigérienne et béninoise lors des discussions à Cotonou, symboles d’un rapprochement historique

Une page se tourne entre Niamey et Cotonou. Après des années de tensions diplomatiques et économiques, les deux pays voisins esquissent enfin une issue favorable à leur conflit frontalier. Les récents échanges à Cotonou ont ouvert la voie à une réouverture prochaine des frontières, fermée depuis le bouleversement politique au Niger en juillet 2023.

Pendant trois ans, ce blocage a pesé lourd sur les économies des deux nations, perturbant les échanges commerciaux et les relations humaines. Mais aujourd’hui, un tournant s’amorce. Les discussions menées ce week-end à Cotonou par une délégation nigérienne de haut niveau, dirigée par le général Mohamed Toumba, ont permis de dégager des avancées majeures.

Ce que prévoient les accords en discussion

Longue file de camions bloqués à la frontière Malanville, illustration des conséquences économiques de la crise

Les deux parties ont acté des accords de principe lors de ces négociations. Parmi les mesures phares figurent :

  • Une coopération renforcée en matière de sécurité pour lutter contre les menaces transfrontalières
  • L’exonération des taxes sur le transit des marchandises pour relancer les échanges
  • L’interdiction de la mise en consommation de certaines denrées jugées sensibles
  • Une révision des charges logistiques pour alléger les coûts des transporteurs
  • Le règlement des contentieux en suspens pour apaiser les tensions

Le général Toumba a salué ces avancées, soulignant que le dialogue avait permis de poser les bases d’une normalisation économique et juridique. « Nous avons ancré la priorité sécuritaire et créé les conditions d’une prospérité partagée », a-t-il déclaré.

Le rôle clé de la nouvelle équipe dirigeante à Cotonou

Romuald Wadagni, président du Bénin, acteur central du dégel avec le Niger

Le changement de régime au Bénin en avril dernier a marqué un tournant décisif. Dès sa prise de fonction, le président Romuald Wadagni s’est rendu à Niamey le 2 juin, initiant un processus de réconciliation. Trois semaines plus tard, les deux gouvernements appliquent désormais les engagements pris lors de ce sommet historique.

Le communiqué conjoint avait acté la création d’une commission mixte chargée d’analyser les causes de la fermeture de la frontière en 2023. Objectif affiché : lever tous les obstacles à une coopération durable. Le ministre béninois de l’Industrie et du Commerce, Oleshegun Adjadi Bakari, a confirmé cette dynamique : « Après 48 heures de travail intense, nous formons une seule équipe avec un objectif commun : restaurer la confiance et le lien ancestral entre nos peuples. »

Les racines d’une crise de trois ans

Manifestation anti-putsch à Niamey en 2023, symbole des tensions régionales

Le conflit trouve son origine dans le coup d’État du 26 juillet 2023 au Niger, qui a porté au pouvoir le général Abdourahmane Tiani. Niamey a accusé l’ancien président béninois Patrice Talon et d’autres dirigeants ouest-africains de vouloir orchestrer une intervention militaire via la CEDEAO pour rétablir l’ordre constitutionnel. Ces accusations ont été démenties par Cotonou et Paris.

Les tensions se sont aggravées avec des allégations de soutien aux groupes armés au Niger et aux putschistes après une tentative de coup d’État contre Patrice Talon en décembre 2023. La junte nigérienne a également pointé du doigt le Bénin pour son adhésion aux sanctions imposées par la CEDEAO après le renversement de Mohamed Bazoum.

Un impact économique dévastateur

Port de Cotonou à l’arrêt, victime collatérale de la crise entre le Bénin et le Niger

Cette crise a transformé un corridor commercial vital en une véritable ligne de fracture. Le port de Cotonou, principal accès maritime du Niger, a subi de plein fouet cette rupture. Ibrahim Abou Koura, transporteur nigérien basé à Cotonou, témoigne : « Mon entrepôt, autrefois bondé, est aujourd’hui presque vide. Ce sont les populations qui trinquent. »

Le Niger, pays enclavé, dépend à 90 % du port béninois pour ses importations et exportations. La fermeture a paralysé les échanges, notamment pour les produits de première nécessité comme les céréales. Les transporteurs ont dû emprunter des itinéraires alternatifs, souvent plus longs et dangereux, via le Burkina Faso, où les risques d’attaques djihadistes sont élevés.

Le choix du port de Lomé comme solution de repli a également grevé les budgets des entreprises nigériennes. Les coûts logistiques ont explosé, et les délais de livraison se sont allongés, pénalisant l’économie des deux pays. En 2024, Gamatie Mahamadou, secrétaire général des chauffeurs routiers nigériens, qualifiait ce corridor de « plus sûr et rentable » avant la crise. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un lointain souvenir.

La suspension de l’oléoduc reliant les champs pétrolifères du Niger au port de Seme-Kpodji, géré par WAPCO, a ajouté une couche supplémentaire de difficultés. Les populations des deux côtés de la frontière aspirent désormais à la fin de cette épreuve, qui a mis à mal des décennies de coopération.

Avec ces accords, Niamey et Cotonou écrivent une nouvelle page. Reste à concrétiser ces engagements pour redonner un souffle à l’économie régionale et aux relations bilatérales.