Au Burkina Faso, la situation des défenseurs des droits humains s’aggrave avec la condamnation et l’emprisonnement arbitraire de l’avocate et militante Ini Benjamine Esther Doli. Cette décision judiciaire controversée soulève de vives inquiétudes quant au respect des libertés fondamentales dans le pays.
Une condamnation aux motivations politiques
Ini Benjamine Esther Doli, avocate engagée et ancienne substitut du Procureur du Faso, a été reconnue coupable par le tribunal de grande instance de Ouagadougou d’outrage au chef de l’État et d’entreprise de démoralisation des forces armées. Ces chefs d’accusation, liés à des publications sur son compte Facebook, lui valent une peine d’un an de prison ferme ainsi qu’une amende de 1 000 000 FCFA (environ 1 525 euros).
Bien que relaxée pour le chef de trahison, la militante a fait appel de cette décision tout en restant détenue au quartier féminin de la prison civile de Ouagadougou. Elle continue d’avoir accès à ses avocats, à sa famille et aux soins nécessaires.
Un contexte de répression accrue
Cette affaire s’inscrit dans une série d’atteintes aux droits humains au Burkina Faso. Depuis plusieurs mois, de nombreux défenseurs des droits humains et journalistes subissent des enlèvements, des disparitions forcées ou des détentions arbitraires. Parmi les cas les plus marquants :
- Amadou Sawadogo, cadre du mouvement Balai citoyen, porté disparu le 21 mars 2025 avant d’être libéré le 26 mai 2025 ;
- Miphal Ousmane Lankoandé, secrétaire exécutif du même mouvement, toujours porté disparu depuis son enlèvement le 30 mars 2025 ;
- Les journalistes Boukary Ouoba, Luc Pagbeguem et Guezouma Sanogo, enlevés le 24 mars 2025 puis libérés respectivement le 17 et 21 juillet 2025 ;
- Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation et directeur de publication du bimensuel L’Événement, toujours porté disparu depuis son enlèvement le 24 juin 2024.
Ces événements illustrent une tendance alarmante : le musèlement de la société civile et la répression des voix critiques au Burkina Faso.
Une militante engagée pour la justice
Ini Benjamine Esther Doli s’était illustrée par son combat pour la liberté d’expression et la défense des droits fondamentaux. Sur sa page Facebook, elle dénonçait régulièrement les violations des droits humains, notamment les intimidations, les enlèvements et les entraves à l’indépendance de la justice. Ses publications mettaient en lumière les dysfonctionnements du système judiciaire burkinabè et la nécessité de renforcer son intégrité.
Son arrestation fait suite à une publication critiquant les méthodes répressives des autorités militaires et rendant hommage à Thomas Sankara. Cette intervention lui a valu d’être enlevée dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2025 par des individus se présentant comme des gendarmes, peu après son retour d’un voyage à l’étranger.
L’enquête ouverte contre elle pour trahison, outrage au chef de l’État et démoralisation des forces armées a été lancée dès le 4 septembre 2025, après qu’elle eut été informée de l’imminence d’une procédure judiciaire.
Une situation similaire à celle d’autres défenseurs des droits humains
Le cas d’Ini Benjamine Esther Doli rappelle celui de Guy Hervé Kam, avocat et cofondateur du Balai citoyen, toujours détenu arbitrairement depuis son arrestation le 24 janvier 2024. Ces situations illustrent une volonté de réduire au silence les défenseurs des droits humains et les journalistes au Burkina Faso.
Les exigences de la communauté internationale
Face à cette escalade de la répression, des organisations de défense des droits humains appellent à une intervention urgente. Elles exigent :
- La libération immédiate et inconditionnelle d’Ini Benjamine Esther Doli ;
- La fin de tout harcèlement judiciaire à son encontre et envers les autres défenseurs des droits humains ;
- Le respect strict des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et d’association, conformément aux normes internationales ;
- La tenue d’une enquête indépendante pour déterminer les circonstances de son enlèvement et de celui des autres défenseurs disparus.
Ces mesures sont essentielles pour rétablir un climat de confiance et garantir la protection des droits humains au Burkina Faso.
Comment agir pour soutenir Ini Benjamine Esther Doli ?
Pour faire entendre votre voix et exiger sa libération, vous pouvez interpeller les autorités burkinabè via les canaux suivants :
- Capitaine Ibrahim Traore, Président du MPSR II : @CapitaineIb22 ;
- Jean-Emmanuel Ouédraogo, Premier ministre : @J_E_Ouedraogo ;
- Edasso Rodrigue Bayala, Ministre de la Justice : [email protected] ;
- Jean Marie Karamoko Traore, Ministre des Affaires étrangères : [email protected] ou @JeanMarieTraore ;
- Commission nationale des droits humains du Burkina Faso : [email protected] ou @BurkinaCndhX ;
- Sabine Bakyono Kanzie, Mission permanente du Burkina Faso à l’ONU : [email protected] ;
- Oumarou Ganou, Représentant permanent du Burkina Faso à l’ONU : [email protected] ;
- Mission permanente du Burkina Faso auprès de l’Union africaine : [email protected].
N’hésitez pas à relayer cette information auprès des représentations diplomatiques du Burkina Faso dans votre pays.
Vous pourrez aussi être intéressé par
-
Can 2025 : le Maroc sous pression avant la date butoir du tas
-
Maroc : soutien ferme au Mali face aux attaques et tensions régionales
-
Tribunal arbitral du sport : deadline pour le Maroc dans l’affaire can 2025
-
Tribunal arbitral du sport : nouvelle étape dans le conflit Maroc-Sénégal
-
Kalidou koulibaly : son absence inquiète le Sénégal avant la coupe du monde
