L’alliance Maroc-États-Unis, un pilier historique aux répercussions contemporaines

Depuis plus de deux siècles, le Maroc et les États-Unis entretiennent une relation diplomatique et stratégique exceptionnelle. Cette alliance, scellée dès le XVIIIe siècle, a évolué pour devenir un partenariat clé en matière de sécurité, de commerce et de géopolitique, notamment dans la région du Maghreb et du Sahara.
Récemment, cette collaboration a été mise en lumière lors de la crise migratoire à Ceuta, où les positions américaines ont révélé l’importance accordée à Rabat, au détriment de Madrid. Retour sur les fondements de cette alliance et ses implications actuelles.

Des racines historiques profondes
L’histoire de cette alliance remonte à 1776, lorsque les États-Unis proclamaient leur indépendance. À cette époque, le Maroc, dirigé par la dynastie alaouite, était déjà un État souverain. Dès 1777, le sultan Mohammed III accordait aux navires américains un accès libre aux ports marocains, un geste interprété comme la première reconnaissance internationale de la jeune nation.
Cette entente s’est formalisée en 1786 avec la signature du Traité de paix et d’amitié à Marrakech, un accord toujours en vigueur aujourd’hui. Ce traité offrait aux États-Unis une protection contre les corsaires nord-africains tout en ouvrant des perspectives commerciales majeures. « Le Maroc, porte d’entrée de la Méditerranée, a joué un rôle clé dans l’expansion commerciale américaine en Afrique et en Europe », explique un historien spécialiste des relations transatlantiques.
Après l’indépendance du Maroc en 1956, Washington a rapidement reconnu le nouveau royaume et établi des relations diplomatiques solides. Cette alliance a survécu aux bouleversements géopolitiques, notamment pendant la guerre froide et les conflits coloniaux.

Sécurité, Sahara occidental et coopération militaire
La relation entre les deux pays a pris une dimension stratégique après les attentats du 11 septembre 2001. Le Maroc, reconnu comme un allié majeur non membre de l’OTAN, est devenu un partenaire incontournable dans la lutte antiterroriste.
Cette collaboration s’est concrétisée par des exercices militaires conjoints, comme African Lion, le plus important entraînement organisé par l’AFRICOM. Les États-Unis fournissent également une aide militaire substantielle au Maroc, qui représente près de 60 % de ses importations d’armement entre 2021 et 2025.
Sur le plan diplomatique, la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en 2020 a marqué un tournant. Cette décision, prise dans le cadre des accords d’Abraham, a renforcé les liens entre Rabat et Washington, notamment face aux tensions avec l’Espagne.

Commerce et économie : un partenariat en croissance
L’accord de libre-échange signé en 2006 a dynamisé les échanges entre les deux pays. En 2025, les échanges commerciaux ont atteint 7,4 milliards de dollars, contre 927 millions en 2005. Les États-Unis réalisent un excédent commercial significatif grâce à ce partenariat.
Cependant, malgré cette croissance, le Maroc reste un partenaire modeste pour l’économie américaine, classée au 46e rang de ses destinations d’exportation. Les échanges se concentrent principalement sur l’agriculture, les textiles et les phosphates.
Alliance Maroc-États-Unis : un équilibre géopolitique fragile
La crise migratoire de Ceuta en 2026 a révélé les tensions au sein du triangle Maroc-États-Unis-Espagne. Washington a clairement choisi de soutenir Rabat, critiquant ouvertement Madrid pour sa gestion des frontières.
Cette position a surpris les observateurs, car l’Espagne, membre de l’OTAN, abrite des bases américaines stratégiques à Rota et Morón. « Les États-Unis ne remettent jamais en cause le Maroc, même lorsque des milliers de migrants franchissent la frontière vers Ceuta », souligne un analyste.
Donald Trump a qualifié la crise de « catastrophe comparable à une invasion », accusant les politiques migratoires espagnoles. Cette prise de position a exacerbé les tensions entre l’Espagne et les États-Unis, tout en renforçant l’alliance avec le Maroc.

Les perspectives d’avenir de cette alliance s’annoncent prometteuses. Le Maroc pourrait devenir un partenaire logistique clé pour les États-Unis en Afrique, notamment après le veto espagnol sur l’utilisation de ses bases pour des opérations militaires.
À l’occasion du 250e anniversaire des États-Unis en 2026, Donald Trump a réaffirmé l’importance de cette relation : « Nous célébrons une amitié indéfectible, forgée sur la confiance et le respect mutuel, et nous espérons que cette coopération se poursuivra pour les 250 prochaines années. »
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