Une normalisation accélérée avec Bamako et Niamey
Après une rupture diplomatique de quinze mois avec le Mali, l’Algérie a choisi de tourner la page. Le 10 juillet, Abdelmadjid Tebboune a ordonné le retour de l’ambassadeur algérien à Bamako, tandis que le gouvernement malien annonçait simultanément la réouverture de son espace aérien aux appareils algériens. Cette initiative marque un tournant décisif dans une relation autrefois considérée comme un pilier de la médiation régionale, mais qui s’était effritée après des tensions frontalières et des accusations mutuelles. Désormais, les deux pays affichent une «convergence totale de vues», notamment sur le respect de la souveraineté et la non-ingérence, un message adressé autant à leurs partenaires qu’à leurs rivaux.
Le Niger, quant à lui, est devenu le terrain d’expression d’une coopération renouvelée. Le 9 août, l’Algérie a livré quatre hélicoptères militaires (deux Mi-24V et deux Mi-171), accompagnés d’équipements et de munitions, renforçant ainsi les capacités de Niamey face aux défis sécuritaires. Parallèlement, la première commercialisation conjointe du pétrole nigérien par Sonatrach et la Sonidep a été lancée, tandis que le forage du puits Kafra Sud-Est 1 a été lancé sous l’égide du Premier ministre algérien. Ces gestes concrets illustrent une stratégie visant à ancrer Alger dans les dynamiques économiques et militaires du Sahel.
L’ombre du Maroc plane sur la stratégie algérienne
Cette offensive diplomatique s’inscrit dans un contexte régional en pleine mutation. Les trois États de l’Alliance des États du Sahel (AES) – Mali, Niger et Burkina Faso – ont rompu avec plusieurs partenaires occidentaux et se tournent désormais vers de nouveaux alliés. Moscou et Rabat figurent parmi les principaux bénéficiaires de ce rééquilibrage, chacun déployant des stratégies distinctes pour s’imposer. Le Maroc, en particulier, a su tisser un réseau d’influence combinant diplomatie, investissements et formation religieuse, tandis qu’Alger tente de rattraper son retard en misant sur le gazoduc transsaharien, les hydrocarbures et les infrastructures.
La rivalité entre Alger et Rabat prend une dimension stratégique au Sahel, où chaque pays cherche à rallier les capitales à sa vision. Le Mali, par exemple, a récemment retiré sa reconnaissance de la RASD et apporté son soutien au plan d’autonomie marocain pour le Sahara, une décision qui a profondément irrité Alger. Pour cette dernière, l’enjeu dépasse le simple regain d’influence : il s’agit d’empêcher son voisin de transformer ses propres revers en avantages politiques durables.
Un rapprochement malien chargé de symboles
La normalisation avec le Mali ne se limite pas à une réouverture administrative. Elle représente une tentative de reconstruction d’une relation autrefois centrale dans la politique sahélienne de l’Algérie. La crise, qui avait culminé avec la destruction d’un drone malien près de Tinzaouaten en avril 2025 et l’accusation de violation d’espace aérien, avait plongé les deux pays dans une confrontation sans précédent. Pourtant, dès juillet, les ambassadeurs ont été rétablis, et les échanges aériens ont repris, signe que la volonté de dialogue a pris le pas sur les tensions passées.
Cette réconciliation a été facilitée, en partie, par l’intervention du Niger, qui entretient des liens étroits avec les deux pays. Les autorités nigériennes ont joué un rôle de médiateur discret, permettant à Alger de retrouver une place dans les discussions sur la sécurité et la stabilité régionale. Une évolution saluée par les observateurs, qui y voient une opportunité pour l’Algérie de reprendre pied dans un espace où son influence avait fortement diminué.
Le Niger, laboratoire d’une coopération renouvelée
Le partenariat algéro-nigérien s’est accéléré avec la signature, en mars, d’un accord qualifié de «stratégique et irréversible». Cet engagement couvre l’énergie, la sécurité, les transports, la santé et les infrastructures, reflétant une volonté commune de diversifier les collaborations. Les livraisons d’hélicoptères, le forage de nouveaux puits pétroliers et la commercialisation conjointe du brut nigérien illustrent cette dynamique. Cependant, ces projets restent soumis à la réalité des défis économiques et sécuritaires, qui pourraient freiner leur pleine réalisation.
Pour l’Algérie, le Niger représente bien plus qu’un partenaire : il incarne une porte d’entrée vers le Sahel, une région où sa présence historique est aujourd’hui contestée. En renforçant ses liens avec Niamey, Alger cherche à sécuriser ses frontières (plus de 1 300 km avec le Mali et une longue frontière avec le Niger) et à contrer l’influence marocaine, perçue comme une menace pour sa stabilité régionale.
Une reconquête fragile, dictée par la concurrence marocaine
Malgré ces avancées, la stratégie algérienne reste marquée par une logique de réaction face aux progrès du Maroc. Rabat a su capitaliser sur le déclin de l’influence d’Alger en proposant une offre diplomatique et économique plus attractive, combinant investissements, infrastructures et coopération religieuse. Face à cette réalité, Alger semble encore en mode rattrapage, cherchant davantage à limiter les gains de son rival qu’à proposer une alternative crédible aux pays du Sahel.
Le Burkina Faso, troisième membre de l’AES, reste un partenaire plus discret dans cette dynamique. Si les relations avec Ouagadougou ne sont pas aussi spectaculaires qu’avec Bamako ou Niamey, elles s’inscrivent dans la même volonté de reprise en main. Pour l’Algérie, l’enjeu est clair : regagner une influence perdue et transformer cette reconquête en levier durable, avant que le Maroc ne consolide son avance.
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