Algérie et Mali : un dégel diplomatique entre voisins du Sahel

Après une période de vives tensions, l’Algérie et le Mali ont annoncé conjointement des mesures significatives pour normaliser leurs relations diplomatiques. Ces initiatives incluent le retour réciproque de leurs ambassadeurs et la réouverture de leurs espaces aériens, marquant un tournant crucial dans la dynamique régionale.

Les autorités maliennes ont officialisé la « réouverture de l’espace aérien national à l’ensemble des aéronefs civils et militaires assurant des vols en provenance ou à destination » de l’Algérie, selon un communiqué gouvernemental. Parallèlement, Bamako a confirmé le retour de son ambassadeur à Alger, rappelé en avril 2025, sans toutefois préciser la date exacte de sa reprise de fonctions.

Plus tôt, Alger avait déjà communiqué une décision similaire concernant l’accès à son espace aérien pour les vols maliens. Cette mesure, effective dès ce vendredi, « inclut tous les vols aériens à destination et en provenance du Mali à travers les différentes destinations internationales », a précisé le ministère algérien de la Défense. L’Algérie a également annoncé le retour de son ambassadeur en poste à Bamako.

Les racines de la discorde

Les liens entre les deux nations avaient connu une détérioration notable ces dernières années, particulièrement depuis l’avènement du gouvernement actuel au Mali. Ce dernier avait notamment accusé Alger d’ingérence dans ses affaires intérieures, remettant en question l’influence algérienne, pourtant centrale dans la négociation de l’accord de paix de 2015 entre Bamako et les groupes armés du nord du Mali.

Un incident majeur survenu au printemps 2025 avait exacerbé la crise : la destruction d’un drone militaire malien près de la frontière commune. L’Algérie avait justifié son acte par une violation de son espace aérien, tandis que le Mali affirmait que l’appareil se trouvait sur son propre territoire. Kamel Retieb, l’ambassadeur algérien à Bamako, avait été rappelé à la suite de cet événement, mais il est désormais confirmé qu’il reprendra ses fonctions, a indiqué le ministère des Affaires étrangères.

Cet incident avait déclenché une crise diplomatique profonde, caractérisée par le rappel des ambassadeurs, la fermeture réciproque des espaces aériens et des échanges d’accusations entre Alger et les pays de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger).

Les tensions avaient également été alimentées par l’annonce en avril du soutien du Mali au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental, une position divergente de celle de l’Algérie. Malgré ces différends, les deux pays partagent une longue frontière et des défis sécuritaires communs, notamment la lutte contre les groupes jihadistes actifs dans la région du Sahel. Le Mali est en proie à une crise sécuritaire persistante depuis 2012, alimentée par des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, ainsi que par des bandes criminelles communautaires, ce qui souligne l’importance d’une coopération régionale stable.