Tentative de coup d’état au Bénin : les autorités déjouent la menace

Les autorités béninoises déjouent une tentative de renversement du pouvoir

Des tirs d’armes à feu ont retenti ce dimanche matin dans la capitale économique Cotonou, tandis que des soldats en armes ont bloqué l’accès au palais présidentiel. Selon les autorités béninoises, une tentative de coup d’État visant à renverser le président Patrice Talon a été déjouée en moins de 24 heures.

Un putsch avorté en moins d’une journée

Dimanche matin, des militaires ont fait irruption dans les locaux de la télévision nationale béninoise pour annoncer la destitution du président Patrice Talon. Les mutins évoquaient une « dégradation de la situation sécuritaire » et une remise en cause des « libertés fondamentales » dans le pays. Quelques heures plus tard, le ministre de l’Intérieur béninois, Alassane Seidou, a confirmé à la télévision que la tentative avait été écrasée.

Dans une adresse à la Nation diffusée en soirée, le président Patrice Talon a rassuré la population : « La situation est totalement sous contrôle ». Il a ajouté que la sécurité et l’ordre public seraient maintenus sur l’ensemble du territoire. « Cette forfaiture ne restera pas impunie », a-t-il prévenu avant de saluer les forces de la garde républicaine.

Un contexte régional marqué par l’instabilité

Cette tentative de putsch survient dans un contexte de montée des tensions politiques en Afrique de l’Ouest. Depuis le début de la décennie, plusieurs pays de la région ont connu des coups d’État, notamment le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Guinée et, plus récemment, la Guinée-Bissau. Le Bénin, voisin de ces pays, reste confronté à des menaces djihadistes dans sa région septentrionale.

Le président Patrice Talon, en fonction depuis 2016, achève son second mandat en 2026, conformément à la Constitution béninoise. Son dauphin désigné, le ministre des Finances Romuald Wadagni, est donné favori pour la prochaine élection présidentielle prévue en avril 2026. Cependant, l’opposition dénonce une exclusion des processus électoraux, alimentant un climat de tension politique.

Intervention militaire et soutien régional

Selon des sources militaires, une douzaine de soldats impliqués dans la tentative de coup d’État ont été arrêtés. Parmi eux figurerait le lieutenant-colonel Pascal Tigri, bien que son nom n’ait pas été confirmé officiellement. En fin d’après-midi, l’aviation nigériane a mené des frappes aériennes à Cotonou, en coordination avec les protocoles de la CEDEAO.

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a annoncé le déploiement immédiat de troupes en provenance du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana pour soutenir le gouvernement béninois. Cette force vise à préserver l’ordre constitutionnel et à garantir la stabilité dans la région. La Force en attente de la CEDEAO, déjà intervenue en Gambie en 2017, avait renoncé à agir lors du coup d’État au Niger en 2023.

L’Union africaine (UA) a également condamné avec fermeté cette tentative de déstabilisation, tandis que la France, ancienne puissance coloniale, a appelé ses ressortissants à la prudence et au confinement en raison d’un contexte volatile.

Réactions et perceptions de la population

À Cotonou, la capitale économique, la population a réagi avec inquiétude. De nombreux habitants ont quitté les rues en début de soirée, craignant une escalade des violences. « Ce matin, j’ai entendu des coups de feu. J’ai quitté mon quartier par peur », confie Nabil Sacca, un vendeur d’essence présent près du palais présidentiel en matinée. Michelle Eudoxie, une coiffeuse de 50 ans, a expliqué : « Ce soir, on va essayer de rentrer plus tôt. On ne sait pas qui est derrière ce coup d’État. »

Remy Agblo, un commerçant, a évoqué un sentiment de déjà-vu : « Aujourd’hui, c’est comme si je revivais ce que nos parents ont vécu. Heureusement que ça a été déjoué. »

Un pays à la croisée des défis

Le Bénin, souvent salué pour sa croissance économique sous la présidence de Patrice Talon, fait face à des critiques croissantes concernant son virage autoritaire. Malgré les progrès économiques, des observateurs pointent du doigt la restriction des libertés et l’exclusion de l’opposition du paysage politique. Le pays reste également exposé aux menaces terroristes dans sa zone nord, frontalière avec le Burkina Faso et le Niger.

Alors que le président Patrice Talon s’apprête à quitter le pouvoir en 2026, la stabilité politique du Bénin reste un enjeu crucial pour la région ouest-africaine.