Le témoignage de l’inspecteur nigérien Habibou Oumarou Mamane, diffusé sur les ondes de la RTN, a jeté un nouveau pavé dans la mare concernant la présence présumée du colonel Pascal Tigri au Niger. Dans une déclaration publique, il évoque des démarches de recherche impliquant des intermédiaires et des promesses financières, sans pour autant apporter d’éléments concrets permettant d’établir la réalité des faits.
Un récit détaillé, mais des zones d’ombre persistantes
L’inspecteur Habibou Oumarou Mamane, surnommé « Le Rebelle », a livré un témoignage précis devant les caméras de la RTN. Il affirme avoir été contacté dès le 27 février 2026 pour localiser Pascal Tigri, présentant des échanges avec des intermédiaires qu’il associe à des autorités béninoises. Parmi les éléments cités figurent une somme de cinq millions de francs CFA, dont deux millions lui auraient été remis le 9 mars 2026 au marché de Niamey, ainsi que des noms comme Moumouni, Zakou, un certain « David » et l’officier béninois Ilou.
Ces détails pourraient sembler convaincants, mais ils relèvent davantage de l’allégation que de la preuve tangible. L’identité exacte des personnes mentionnées, l’origine des fonds évoqués et le contexte des transactions restent à vérifier. Sans documents, enregistrements ou témoignages corroborants, ces assertions ne suffisent pas à établir une vérité factuelle.
Une confusion entre recherche et exfiltration
L’inspecteur utilise le terme d’« exfiltration », ce qui laisse planer un doute sur une éventuelle opération clandestine visant à faire quitter le Niger à Pascal Tigri. Pourtant, une telle interprétation est prématurée. La localisation d’un fugitif et son extraction illégale sont deux choses distinctes. Rien n’indique que les autorités béninoises aient ordonné ou même envisagé une telle manœuvre.
En revanche, la recherche d’un individu suspecté d’avoir participé à une tentative de coup d’État au Bénin s’inscrit dans une logique sécuritaire légitime. Si Pascal Tigri se trouvait effectivement au Niger, Cotonou pourrait, par des voies légales, solliciter une coopération judiciaire, policière ou une demande d’extradition. La souveraineté nigérienne et les procédures en vigueur devraient alors être strictement respectées.
Pourquoi une diffusion publique aussi sensible ?
Le choix de rendre ce témoignage accessible sur une chaîne publique soulève des questions. Une médiatisation de cette nature peut servir à informer, mais elle peut aussi alimenter des spéculations dans un contexte où les relations entre le Bénin et le Niger sont déjà tendues. Sans éléments matériels à l’appui, cette diffusion risque de laisser place à des interprétations divergentes.
Plusieurs hypothèses peuvent expliquer cette démarche : une volonté de partager des pistes utiles à l’enquête, une réponse à des accusations antérieures, ou encore un message politique. Aucune de ces pistes ne peut être confirmée sans vérification approfondie. De plus, le Bénin avait déjà démenti des allégations similaires en septembre, et aucune réaction officielle n’a été rapportée après cette nouvelle diffusion.
Coopération régionale : l’affaire Tigri au cœur des enjeux
Cette affaire dépasse le cadre d’une simple chasse à l’homme. Elle illustre les défis auxquels sont confrontés deux pays voisins lorsqu’une affaire de sécurité intérieure prend une dimension diplomatique. Si un suspect se trouve sur le territoire d’un État voisin, la coopération entre les services compétents devient cruciale.
Pour le Bénin comme pour le Niger, l’enjeu est de distinguer les faits des rumeurs. Les noms cités, les montants évoqués et les circonstances des rencontres doivent être soumis à une enquête rigoureuse et indépendante. Les mécanismes judiciaires et diplomatiques doivent prévaloir, car c’est sur eux que repose la crédibilité des accusations.
En l’état, le témoignage de l’inspecteur Habibou Oumarou Mamane relance la piste nigérienne sans pour autant la confirmer. Il ne prouve ni la présence de Pascal Tigri au Niger, ni l’existence d’une opération clandestine. La suite de l’affaire dépendra de la capacité des acteurs à produire des preuves tangibles et à clarifier leurs positions. Dans une telle affaire, la crédibilité ne se construit pas sur des déclarations télévisées, mais sur des éléments concrets et vérifiables.
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