Tchad : quand l’absence de l’État nourrit le chaos politique

Tchad : quand l’absence de l’État nourrit le chaos politique

Un pays où la survie dépend moins des ressources que de l’inaction délibérée des institutions : le Tchad illustre une gouvernance où le vide crée des crises plutôt que des solutions.

Tchad : quand l'absence de l'État nourrit le chaos politique

Trois décennies. Trente-six années de répétition d’un même scénario où les promesses s’effritent comme la poussière des pistes tchadiennes. Les visages des dirigeants changent, mais la gestion des tensions intercommunautaires reste identique : une mise en scène où l’urgence remplace la solution. Plutôt que d’investir dans des infrastructures durables, l’État préfère des déplacements spectaculaires et des promesses éphémères. Le résultat ? Des conflits qui s’enlisent, des vies sacrifiées, et un pays où la survie se joue dans l’arbitraire.

Le théâtre des crises : un leurre coûteux

Lorsque des communautés s’affrontent pour un point d’eau ou des terres arables, la réponse des autorités est toujours la même : une mobilisation médiatique, des cortèges officiels et des déclarations solennelles. Pourtant, une fois les caméras éteintes et les 4×4 repartis, il ne reste que des cendres et des familles endeuillées. Le budget colossal d’une seule mission présidentielle suffirait à creuser des centaines de puits ou à construire des systèmes d’irrigation. Mais pourquoi résoudre un problème quand on peut en faire un outil de pouvoir ? En maintenant des institutions faibles, les dirigeants préservent leur rôle de « bienfaiteurs » providentiels, tout en évitant de rendre des comptes sur l’absence de progrès réel.

Une justice paralysée, un peuple abandonné

Au Tchad, la justice n’est pas un rempart contre l’arbitraire ; elle en est le complice. En empêchant les tribunaux d’exercer librement, l’État force les citoyens à régler leurs différends par la force. Les conflits pour des ressources deviennent ainsi des fatalités, alors qu’ils ne sont que le symptôme d’un système conçu pour échouer. Mourir pour un puits au XXIe siècle n’est ni une malédiction ni une tradition, mais le fruit d’un choix politique : celui de privilégier le chaos à l’ordre, la division à l’unité. L’échec de cette gouvernance n’est pas une fatalité, mais le résultat d’une volonté délibérée de maintenir le pays dans un état de précarité permanente.