Sénégal : la chute brutale des investissements étrangers en 2025, un signal d’alerte ?

Le Sénégal face à un défi majeur : relancer l’attractivité des investissements étrangers

Après quatre années exceptionnelles où le Sénégal a attiré en moyenne trois milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) chaque année, les chiffres de 2025 marquent un tournant décevant. Selon les données de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, le pays n’a enregistré que 37 millions de dollars d’IDE cette année-là. Une chute vertigineuse qui soulève des questions sur l’avenir économique du pays et sa capacité à maintenir son attractivité.

Panorama du centre-ville de Dakar, capitale économique du Sénégal, en mars 2026.

Une baisse conjoncturelle liée à l’achèvement des mégaprojets

Cette chute spectaculaire des investissements s’explique principalement par la fin des grands projets pétroliers et gaziers de Sangomar et de Grand Tortue. Ces investissements massifs, qui avaient dopé les statistiques ces dernières années, ont désormais atteint leur phase de production. Une transition normale, mais qui laisse le pays dans l’attente de nouveaux flux financiers.

Pourtant, le potentiel du Sénégal reste intact. Moubarak Lo, ancien conseiller économique de la primature et aujourd’hui consultant indépendant, estime que le pays pourrait attirer entre trois et cinq milliards de dollars d’IDE par an, à condition de renforcer sa stratégie de promotion économique.

« Le Sénégal dispose des atouts structurels pour maintenir un niveau élevé d’investissements directs étrangers. Cependant, cela nécessite une approche proactive et une visibilité accrue à l’international. Actuellement, notre pays manque d’un réseau efficace de promotion des investissements à l’étranger. Les roadshows ponctuels ne suffisent pas. Il faut passer à une logique d’engagement continu et ciblé. »

Moubarak Lo, économiste et ancien conseiller économique

Dette publique : un frein ou une opportunité ?

Avec une dette publique représentant 132 % du PIB à la fin 2024, selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI), le Sénégal se classe parmi les pays les plus endettés de la région. Pourtant, cette situation ne semble pas dissuader les investisseurs privés. Justin Maria, directeur France de Access Bank, rappelle que des pays comme la France, malgré une dette publique dépassant les 3 500 milliards d’euros, continuent d’attirer des capitaux étrangers.

Pour lui, le véritable obstacle réside dans le manque de visibilité : « Le Sénégal est perçu comme un pays à risque, non pas en raison de ses fondamentaux économiques à long terme, mais parce que les investisseurs manquent de clarté sur l’état des finances publiques et la gestion des liquidités. Cette incertitude à court terme bloque les décisions d’investissement. »

Vers un rebond en 2027 ?

Malgré ce contexte, les experts restent optimistes quant à la capacité du Sénégal à redresser la barre. Moubarak Lo souligne que le pays dispose d’une vingtaine de projets structurants en cours. La clé ? Une stratégie proactive : « Il faut identifier les cinq ou six entreprises internationales leaders dans chaque secteur clé et les convaincre d’investir au Sénégal. Si cette approche est menée avec rigueur, le pays pourrait retrouver son attractivité dès 2026, voire en 2027. »

Une ambition réaliste, surtout lorsque l’on compare la situation du Sénégal à celle d’autres pays de la région. En 2025, la Guinée a par exemple attiré plus de 7,7 milliards de dollars d’IDE, selon les mêmes sources.

Les leviers pour redynamiser l’attractivité économique

  • Renforcer la promotion des investissements : Créer un réseau dédié à l’étranger pour mettre en avant les opportunités du Sénégal.
  • Améliorer la transparence financière : Publier régulièrement des rapports clairs sur l’état des finances publiques et la gestion des liquidités.
  • Cibler les investisseurs stratégiques : Approcher directement les entreprises internationales leaders dans les secteurs porteurs.
  • Stimuler l’investissement local : Renforcer les partenariats public-privé pour sécuriser les projets et rassurer les investisseurs.

Le Sénégal a toutes les cartes en main pour transformer cette période de transition en une nouvelle dynamique économique. Tout dépend désormais de la capacité des autorités à passer des déclarations aux actions concrètes.