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Sahel : quatre ans après, le bilan accablant de l’illusion souverainiste

Chasser les troupes françaises et rompre avec l’Occident devait inaugurer une « seconde indépendance » pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Quatre ans après les coups d’État, la rhétorique populiste se heurte à une réalité brutale : la dépendance a changé de maître, l’insécurité s’aggrave et les économies s’effondrent.

En 2022, les places de Bamako, Ouagadougou et Niamey résonnaient de slogans hostiles à Paris. Le départ forcé des diplomates et des soldats de l’opération Barkhane était salué comme une victoire historique. Portés par la promesse d’une refondation totale, les capitaines et généraux au pouvoir affirmaient que la souveraineté retrouvée résoudrait comme par enchantement le problème terroriste. En 2026, l’état de grâce a disparu. Le bilan de l’Alliance des États du Sahel (AES) met en lumière une faillite systémique que la propagande gouvernementale peine à dissimuler.

L’illusion sécuritaire : le partenariat russe, un boomerang

Le premier prétexte des régimes militaires pour justifier leurs putschs était l’incapacité de la France à éradiquer le djihadisme. Pourtant, le remède choisi s’avère plus désastreux que le mal. En substituant les forces occidentales par les paramilitaires russes d’Africa Corps (ex-Wagner), Bamako, Ouagadougou et Niamey ont opté pour une stratégie de la terre brûlée.

Sur le terrain, les groupes terroristes (JNIM et EIGS) n’ont jamais été aussi puissants. Ils encerclent désormais des villes stratégiques et coupent les routes d’approvisionnement vitales. Plus préoccupant encore, le coût humain est effroyable. Les exactions contre les populations civiles se multiplient lors des opérations conjointes. Loin d’être protégés, les habitants du Sahel sont pris en tenaille entre la terreur djihadiste et la brutalité des nouveaux auxiliaires sécuritaires, tandis que le nombre de déplacés internes atteint des records.

L’isolement diplomatique : une fuite en avant

Pour masquer les échecs intérieurs, les dirigeants de l’AES ont choisi la rupture permanente. Le retrait fracassant de la CEDEAO a privé les trois pays de leurs partenaires économiques naturels. Plus récemment, leur sortie collective de la Cour pénale internationale (CPI) et les restrictions imposées aux agences onusiennes achèvent de transformer la région en une zone grise diplomatique.

Cette fuite en avant institutionnelle sert surtout à protéger les régimes en place contre tout regard extérieur sur les droits de l’homme ou le respect des calendriers de transition démocratique. Les élections promises pour rendre le pouvoir aux civils sont systématiquement reportées sine die, transformant des transitions supposées temporaires en dictatures militaires durables.

Économie sinistrée et régression sociale

Sur le plan économique, le constat est tout aussi lourd. Le discours sur la souveraineté monétaire et l’autosuffisance se brise sur la réalité des chiffres. L’isolement régional a provoqué une hausse vertigineuse du coût de la vie et des produits de première nécessité. Les entreprises locales étouffent sous le poids des sanctions indirectes, de la chute des investissements étrangers et des coupures d’électricité chroniques qui paralysent Bamako et Ouagadougou.

Pendant que les budgets nationaux sont vidés pour financer l’effort de guerre et rémunérer les mercenaires russes (souvent payés par des concessions minières), les services sociaux de base s’effondrent. Des milliers d’écoles restent fermées et le système de santé est exsangue. Au lieu d’investir dans le développement humain, les ressources nationales sont confisquées par les appareils militaires.

Un changement de maîtres, pas une libération

Quatre ans après le grand divorce avec Paris, le constat est amer. Le Sahel n’est ni plus sûr, ni plus prospère, ni plus indépendant. En chassant un partenaire occidental imparfait mais prévisible, les dirigeants de l’AES ont jeté leurs pays dans les bras d’une puissance russe opportuniste, dont le seul objectif est géopolitique. La « seconde indépendance » promise s’est muée en une tragique régression économique et sécuritaire, où la souveraineté affichée par les sommets n’est que le vernis de l’asphyxie des peuples.