Réforme de la défense et de la sécurité au Mali : une nouvelle stratégie pour 2030

Après plus de deux décennies sans mise à jour majeure, le Mali franchit une étape décisive avec une refonte complète de son architecture de défense et de sécurité. Adopté en juillet 2026 par le Conseil national de Transition (CNT), ce projet de loi remplace celui de 2004 et intègre désormais la sécurité intérieure, la cyberdéfense et la gestion globale des crises.

Le texte, qui doit encore être promulgué officiellement, marque un tournant dans la gouvernance sécuritaire du pays. Selon le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Général Daoud Aly Mohammedine, cette réforme s’imposait face à l’évolution des menaces et à l’obsolescence des dispositifs actuels. « Vingt ans d’application ont révélé ses limites, et l’association des acteurs de terrain à son élaboration garantit une approche plus inclusive », a-t-il souligné lors de sa présentation aux conseillers.

L’ancienne loi de 2004 encadrait déjà la sécurité intérieure, la défense civile et l’implication des collectivités locales. Cependant, elle ne couvrait pas explicitement les enjeux contemporains comme le cyberespace ou les menaces transfrontalières. La nouvelle mouture entend combler ces lacunes en redéfinissant les rôles, les responsabilités et les mécanismes de coordination.

Une réorganisation stratégique pour une réponse plus efficace

Le cœur de la réforme repose sur la création de deux nouveaux organes : le Conseil de sécurité nationale et le Comité de défense nationale. Ces structures remplacent l’ancien Conseil supérieur de défense et son comité dédié, afin de renforcer la prise de décision au plus haut niveau de l’État. Leur mission ? Assurer une orientation claire et une coordination renforcée, notamment face aux crises majeures.

L’un des changements les plus significatifs concerne le Commandement opérationnel. Désormais, c’est le Chef d’État-major général des Armées qui en assure l’unicité, dans le cadre de la défense opérationnelle du territoire. Cette centralisation vise à accélérer les réponses en cas d’attaques, de crises ou de menaces transfrontalières. « L’objectif est d’éviter les lourdeurs bureaucratiques et de gagner en réactivité », précise le ministre.

Contrairement à une idée reçue, cette réforme ne place pas en permanence les forces de sécurité intérieure (Police, Gendarmerie, Garde nationale, Protection civile) sous commandement militaire. Elle prévoit plutôt une mobilisation ponctuelle et coordonnée, en fonction des besoins opérationnels.

La cyberdéfense, une priorité stratégique

La sécurité nationale ne se limite plus aux seuls enjeux terrestres. Le Mali intègre désormais le cyberespace comme un champ de bataille à part entière. En juin 2026, le gouvernement a adopté les textes fondateurs de l’Agence nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI), prévue par la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030.

L’ANSSI aura pour mission de coordonner la réponse aux cyberattaques et de protéger les infrastructures critiques (réseaux électriques, télécommunications, services publics). Cette agence s’ajoute aux dispositifs existants pour couvrir l’ensemble des risques, qu’ils soient physiques ou numériques.

Intégration des ex-combattants et renforcement territorial

La réforme s’accompagne d’une volonté affichée de renforcer l’administration territoriale et de mobiliser les acteurs locaux. Depuis 2022, la Police nationale et la Protection civile ont d’ailleurs été militarisées, ce qui facilite leur intégration dans les dispositifs de sécurité globale. Leur statut hybride leur permet de conserver leurs missions traditionnelles tout en participant à des opérations plus larges.

Le ministre Daoud Aly Mohammedine a mis en avant trois priorités : l’amélioration de l’administration territoriale, l’association des leaders traditionnels à la lutte antiterroriste et le renforcement des effectifs et des équipements. Le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation joue désormais un rôle clé dans la coordination des services déconcentrés et la mobilisation des populations.

Un exemple concret ? Le programme de Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR-I). En août 2026, 254 ex-combattants ont été intégrés aux Forces armées après une formation à Soufouroulaye. À terme, ce sont 2 000 anciens combattants qui doivent être réintégrés, tandis que 1 000 autres bénéficieront de mesures de réinsertion socio-économique. Cette initiative, bien que distincte de la loi sur la défense, illustre la nécessité d’une approche globale et coordonnée entre Défense, Sécurité et autorités locales.

Une réforme ambitieuse, mais des défis à relever

Si le cadre juridique est désormais en place, son efficacité dépendra de sa mise en œuvre. Les prochains mois seront cruciaux pour finaliser les textes d’application, améliorer le partage des renseignements et renforcer les moyens des collectivités. La réussite de cette stratégie repose aussi sur la confiance entre institutions, la coordination sur le terrain et la rapidité des décisions.

L’enjeu est de taille : faire de cette réforme un levier de stabilité et de résilience face aux défis sécuritaires persistants. Le Mali mise sur une approche intégrée, où chaque acteur — qu’il soit militaire, policier, administratif ou citoyen — a un rôle précis à jouer.